Culture

Artillerie antireligieuse : trois livres

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La religion, ce n’est pas seulement une mythologie archaïque, c’est aussi un système social, et il est parfois bon d’écouter les récits édifiants des gens qui ont eu à le subir de l’intérieur. La littérature sur le sujet est foisonnante. Présentation de trois livres qui sortent du lot.

Pour commencer, Black Boy, de Richard Wright (1945). Communiste et athée, Wright écrit ce livre sous la forme ­d’une autobiographie de son enfance et de ses premières années de jeune adulte, dans les années 1920. Il s’y attache à démontrer la double oppression que constitue la ségrégation raciale aux États-Unis et la religion chrétienne dont sa grand-mère est une fanatique, ce dont il souffre énormément en tant qu’athée (il le devient très jeune).

Le deuxième livre, c’est Confidences à Allah de Saphia Azzeddine (2008). Hilarant mais d’une crudité redoutable (à ne pas mettre entre des mains trop timorées), Confidences à Allah évoque la trajectoire d’une jeune Marocaine qui subit tout au long de son enfance l’hypocrisie patriarcale et religieuse des hommes... avant de devenir ­prostituée.

Enfin, le troisième livre – plus léger – c’est La Lamentation du prépuce de Shalom Auslander (2009). Là, c’est le milieu des juifs orthodoxes new-yorkais qui est dynamité par un jeune adulte qui n’en finit pas d’essayer de négocier chaque événement de sa vie avec un dieu impitoyable. Là aussi, le rire est puissant et implacable contre les petites bassesses (le père cache des revues pornographiques sous le lit) ou la schizophrénie intrinsèque à toute pratique religieuse dans notre monde technologique...

Dans ces trois livres, l’enfant élevé dans la religion n’a que deux choix : subir ou se rebeller. Dans les trois livres, c’est la deuxième option qu’il ou elle choisit.

L’autre point commun entre ces livres est de rappeler que si, prises hors contexte, les religions peuvent parfois nous paraître dignes de respect ou de considération, il n’en va pas de même lorsqu’on les expose à la lumière crue de l’expérience personnelle.

Ainsi, tel le vampire (qu’elles exècrent pourtant) les religions du Livre ne souffrent pas le soleil du détail qui prouve de manière éclatante l’incompatibilité entre leur théorie et leur application forcément biaisée par des humains trop humains. Sans compter que les religions sont fondées sur un message de terreur, de haine, de viol et d’atteintes aux droits humains : il suffit de lire la Genèse pour s’en convaincre.

À la lecture fastidieuse de la Bible, du Coran et de la Torah, opposez donc plutôt celle de Wright, Azzeddine et Auslander : trois perles de la littérature subversive et antireligieuse.

Guillaume (AL Toulouse)

  • Richard Wright, Black Boy, 1945, Gallimard, 448 pages, 8,50 euros.
  • Saphia Azzeddine, Confidences à Allah, 2008, Éditions Léo Scheer, 145 pages, 16 euros.
  • Shalom Auslander, La Lamentation du prépuce, 2009, Editions 10/18, 305 pages, 8,40 euros.
 
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