Politique

Pôle emploi : un bracelet pour diviser personnel et usagers

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Des chômeuses et des chômeurs désespérés qui agressent des salarié·es de Pôle emploi ? Ça arrive. Et ça va se multiplier avec la casse de l’assurance chômage. Réponse cynique de la direction de Pôle emploi : doter les agentes et agents d’un «  bracelet d’alerte  » !

Le 30 septembre, un nouveau dispositif était présenté aux représentants du personnel de Pôle emploi : le bracelet d’alerte. Avec ce bracelet, les agents et agentes qui reçoivent du public à l’accueil pourraient à tout moment déclencher une alerte et entraîner l’intervention de la sécurité si elles ou ils étaient victimes d’une agression. Rien de très nouveau, reconnaissons-le, puisque ce dispositif vient simplement compléter celui qui existe déjà depuis plusieurs années, à savoir l’alerte via le poste informatique. En revanche, ce qui interroge, c’est le timing de la mise en place du dispositif : la veille de l’entrée en application de la réforme de l’assurance chômage. Cette réforme, rappelons-le, va jeter plusieurs centaines de milliers de salarié·es privé·es d’emploi hors du dispositif d’indemnisation et entraîner une baisse conséquente des allocations pour plus d’un tiers des allocataires. Ce bracelet d’alerte manifeste donc tout le souci de la direction à l’égard des personnels devant la montée prévisible des tensions dans les agences lorsqu’elles et ils devront expliquer aux usagères et usagers pourquoi elles et ils ne pourront plus payer leur loyer ou nourrir leur famille. «  Mais pas du tout  » rétorque la direction, «  ce dispositif fait suite au drame de Valence, rien à voir avec l’assurance chômage…  » Souvenez-vous, en février 2020, un homme violent était venu assouvir ses pulsions criminelles en abattant une conseillère de Pôle emploi au sein même de l’agence.

Pôle emploi, bras armé de l’État et du Medef

Mais, quel que soit l’élément déclencheur de ce nouveau dispositif, le constat est bien là : depuis la création de Pôle emploi en 2009, les «  incivilités  », tensions et agressions ne cessent d’augmenter pour devenir aujourd’hui quotidiennes. Pôle emploi, fusion d’un service public – l’ANPE – et d’un organisme social – l’Assedic – avait comme missions d’accompagner les salarié·es privés d’emploi et d’assurer le versement de leur indemnisation. Celle-ci est gérée par l’Unédic, organisme social paritaire, financé par des cotisations sociales, structure de solidarité directement issue des grandes réformes de l’après-guerre.

Mais Pôle emploi (et déjà auparavant les deux structures dont il est issu) a été continuellement dévoyé de ses missions originelles pour devenir le bras armé de l’État au service du Medef dans la mise en place de sa politique de misère et de précarité. L’objectif du gouvernement est à présent d’utiliser Pôle emploi pour contraindre les salarié·es à accepter n’importe quel emploi, à n’importe quelles conditions et pour n’importe quelles rémunérations. L’infâme réforme de l’assurance chômage en est la dernière expression en date. Et le bracelet d’alerte nous rappelle simplement que Pôle emploi est devenu, avec la police, le principal relais institutionnel de la violence d’État.

Franz Müller (UCL Paris nord-est)

 
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