Présidence Hollande : Ne pas céder à la confiance

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La défaite de Sarkozy à la présidentielle et, sauf surprise, aux législatives entraîne un contexte politique nouveau pour le mouvement syndical et social. Quelles sont les écueils à éviter et les points d’appui pour toutes et tous les exploités organisés dans les syndicats de lutte de classe ? Quelles sont les possibilités pour un troisième tour social ?

Avant toute chose, il importe de souligner l’aggravation de la situation économique en Europe. Les déclinaisons gouvernementales en termes de politiques d’ajustement structurel réclamées par la bourgeoisie transnationale et ses institutions (Union européenne, FMI, Banque mondiale) vont se faire sentir plus ou moins rudement dans les divers États de l’UE qui n’ont pas encore subi la potion libérale mortifère appliquée aux peuples grec, espagnol et portugais.

C’est dans ce contexte économique et de crise de commandement politique de l’UE qu’Hollande va devoir se mouvoir ainsi que l’ensemble du spectre politique, patronal et syndical français. L’enjeu va consister pour Hollande, son gouvernement et sa nouvelle majorité parlementaire à faire passer la pilule libérale auprès des travailleurs et travailleuses en la présentant comme une batterie de mesures pour la justice sociale et l’effort équitable afin de redresser le pays.

Mais pour cela, il lui faut éviter un scénario où une mobilisation sociale se développerait. C’est dans ce cadre là qu’il nous faut considérer entre autres la conférence sociale prévue en juillet et qui doit accoucher d’un agenda partagé de réformes, forcément justes et équitables puisqu’ayant reçues l’aval des syndicats.

Les déclarations ne font pas un mouvement

Comment vont se positionner les confédérations et unions syndicales, CGT et Solidaires en tête, dans cette politique de contrôle anticipatoire de mouvements sociaux qui risqueraient de surgir quand les mesures antisociales de « gauche » vont débuter ?

Ces deux syndicats, où l’on retrouve l’essentiel des équipes syndicales de lutte dans le public et dans le privé, sans exclure bien évidemment et suivant les secteurs la FSU, FO ou la CNT, ont déjà en quelque sorte annoncé la couleur en affirmant chacun à leur manière le fait que le combat pour leurs revendications et celles des salariés ne souffriraient pas d’un changement de président. Or, les déclarations, si elles sont importantes, ne font pas un mouvement.

Certaines fédérations réclament l’offensive

Il importe qu’une politique de développement des luttes des exploité-e-s sur la base de leurs exigences soit portée centralement et déclinée par professions et dans les territoires, et cela de manière unitaire afin de créer toutes les conditions d’une mobilisation d’ampleur. Solidaires tente de s’y employer, avec ses forces, et très diversement dans les territoires.

La CGT reste attentiste au niveau confédéral, même si l’absence de Thibault lors de la cérémonie de la prise de fonction d’Hollande a été un signe, sans doute plus adressé en interne qu’à l’adresse des socialistes, sur le fait qu’il n’y aurait pas de confiance béate à l’égard d’un gouvernement de gauche, que la centrale de Montreuil vivait un certain virage à gauche (montée assez forte du front de gauche en son sein), stoppant l’influence continue d’une génération de cadres anciens et jeunes en adéquation avec le PS depuis l’effondrement du PCF.

Il est à souligner que certaines de ses fédérations, dont la Fnic (Chimie), réclament que la CGT soit à l’offensive vis-à-vis du nouveau pouvoir, et remettent profondément en cause la politique d’unité au sommet avec la CFDT. Enfin, la prochaine réforme des retraites annoncée pour 2013 va constituer un réel test sur la volonté d’en découdre ou de préparer les futures soumissions, tant sur la forme de la mobilisation que sur le fond des revendications.

Rémi Ermon (AL Lorient)

 
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