Agen : un médecin condamné à l’expulsion parce qu’il soigne trop de précaires.

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Un médecin généraliste d’Agen, le Docteur Chellier, a été condamné le 16 novembre par la cours d’appel du tribunal d’Agen à être expulsé de son cabinet médical. Le procès lui a été intenté par la société immobilière qui lui loue ses locaux professionnels. Le motif ? Simplement il reçoit « trop » de personnes en situation de précarité. Ce simple fait semble être intolérable pour une partie au moins des autres habitants de l’immeuble : « Nous vous demandons encore une fois, avec insistance, de faire cesser cette cohabitation dangereuse » (extrait de la plainte déposée contre le médecin). Y a-t-il eu des violences, des agressions ? Le médecin aurait-il des comportements inconvenants ? Rien de tel ne lui est reproché. Simplement, les pauvres font peur !

L’Ordre des médecins le soutient dans ce procès. Malgré cela, en première instance, comme en appel, il a été condamné. Il compte aller en cassation. Le collectif Cap 47 (Collectif antiprécarisation) qui a organisé une mobilisation pour le soutenir compte bien continuer la mobilisation et faire tout ce qu’il sera en mesure de faire pour empêcher cette expulsion. Affaire à suivre. Et à mettre en rapport avec l’explosion des constructions de “ lotissements sécurisés ” au sein desquels se terrent une fraction toujours plus importante de la bourgeoisie, ou même le refus des maires des communes les plus riches (Sarkozy en tête) d’appliquer la loi imposant à toutes les communes de construire des logements sociaux. La précarité galopante en Europe occidentale se traduit aussi par l’installation d’une véritable ségrégation sociale au niveau des territoires, de plus en plus visible et de plus en plus porteuse de violences.

Débat avec les jeunes des cités

À l’appel du Collectif antiprécarisation et du Collectif égalité, un débat s’engage entre militants et des jeunes de cités d’Agen La participation du Collectif CAP 47 au soutien à deux jeunes, accusés de violences à l’encontre de policiers (cf. AL de septembre), a permis que s’instaure avec des jeunes de cités d’Agen, un dialogue à propos de la révolte qui a explosé dans nombre de cités en France. Une réunion s’est tenue le 16 novembre et a rassemblé une trentaine de personnes. Les raisons de cette explosion, toutes et tous les participants les voient dans la ségrégation sociale qui se renforce au sein des cités, les discriminations subies, face au travail et au logement, les humiliations, les contrôles au faciès… Mais la partie la plus importante de la réunion a été la discussion qui s’est engagée pour « se construire ensemble un avenir commun ».

Pour tous les participant(e)s, il est évident que la première nécessité sera de se battre contre l’enfermement des jeunes dans les cités, de construire un lien avec eux et elles. La mobilisation autour des procès a permis d’ouvrir une porte. Mais, maintenant c’est un travail en profondeur, dans la durée qui est nécessaire. La première piste, autour de l’organisation de repas dans les cités, avec les jeunes avec lesquels nous travaillons dès aujourd’hui, sera de relancer la logique des « arbres à palabre », pour recréer une parole collective des cités et élaborer un genre de cahier de doléances.

Jacques Dubart (AL Lot-et-Garonne)

 
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