Syndicalisme

Animation : La Ville de Grenoble, patronne sans scrupules

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À Grenoble, les salarié·es de la municipalité subissent l’exploitation brutale que le maire écolo se plaît tant à dénoncer. C’est particulièrement le cas dans l’animation périscolaire, secteur largement féminisé où, malgré la précarité, la révolte gronde. Visant la présidentielle, le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle, aime parler social en s’affichant par exemple auprès des livreurs à vélo pour dénoncer l’« ubérisation ».

Pourtant, ça n’empêche pas les travailleurs de la municipalité dirigée par sa majorité, de vivre des conditions de travail à faire pâlir de jalousie les pires multinationales. Sous-effectif constant, salaires dérisoires, turn-over permanent, horaires impossibles... si cette réalité touche tous les postes de la ville, le cas le plus flagrant est celui des travailleuses des écoles.

Et la clé de cette de cette précarité institutionnalisée, c’est notamment le « contrat horaire », qui concerne plus de 70 % des animatrices. Ce statut de droit public permet de payer une agente pour un nombre d’heures variable en fonction des besoins. Impossible pour celle-ci de savoir à l’avance combien d’heures elle pourra travailler dans le mois, ni quels jours. Les salaires sont donc très instables : les mois fastes peuvent rapporter 800 euros, mais souvent il faudra se contenter de 300 euros.

L’avarice de la mairie n’impacte pas que les salaires, elle impose également des conditions de travail déplorables. À cause du sous-effectif, les agentes sont régulièrement déplacées d’une école à l’autre pour boucher les trous, parfois prévenues moins d’une heure avant la prise de poste. Quant aux horaires, le temps entre les services du midi et du soir (les plus répandus) se fait bénévolement, au détriment de la qualité de travail : presque toutes doivent improviser et ont le sentiment de faire davantage du gardiennage que de l’animation.

Une grève construite par les précaires

Malgré ce management brutal, se mobiliser n’est pas évident pour les agentes, majoritairement des femmes issues de l’immigration, jonglant déjà entre leur travail, une charge familiale et une bataille administrative pour leur titre de séjour. Et pendant longtemps, la timidité des syndicats majoritaires à la mairie n’a pas aidé à faire du lien entre les 77 écoles de la ville.

Les choses ont commencé à changer au printemps 2020, sur fond de colère exacerbée par la crise sanitaire. Quelques agentes très motivées, syndiquées SUD ou CNT, ont enchaîné les visites d’écoles des semaines durant pour rencontrer des centaines de salarié·es. Ce travail a permis de réunir plusieurs AG, qui ont voté une journée de grève le 17 novembre. À la surprise générale, cet appel soutenu par une caisse de grève a été suivi par plus de 400 agentes sur 1 000 ! Un mois plus tard, la majorité des cantines de la ville ont été bloquées par un débrayage chaque midi.

Suite à cela la mairie a réagi par un «  protocole de déprécarisation  », un leurre qui n’a dupé personne  : seulement quelques dizaines de titularisations et une ridicule augmentation du temps de travail d’animation. Malgré tout, on a le sentiment d’avoir progressé en libérant la parole d’une partie du salariat que l’on entend que rarement. Une parole qui pourrait s’avérer gênante pour l’aspirant-président de la République.

La tournée des écoles a repris et on parle déjà du retour des assemblées générales, la révolte dans l’animation est loin d’avoir dit son dernier mot !

Thomas (UCL Grenoble)

 
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