Ecologie

Énergie électrique : Quelle voie vers l’autonomie ?

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Alors que la production électrique en France repose largement sur une industrie nucléaire impérialiste et que les alternatives «  renouvelables  » font le jeu du capitalisme vert, tout aussi colonial, notre camp social continue de lutter pour plus de justice sociale en matière d’énergie. Les alternatives vers l’autonomie énergétique libertaire restent à inventer...

La production et la maîtrise de l’énergie est un enjeu de pouvoir historiquement majeur sur un plan économique et politique. La stratégie géopolitique de l’État français depuis les années 1970 est à ce titre très parlante. D’un coté, afin de diminuer sa dépendance à l’OPEP  [1], il a diversifié les sources d’approvisionnement en pétrole et de l’autre, des investissements massifs dans le nucléaire ont conduit à «  l’exception française  » avec une part du nucléaire atteignant 75 % du mixte énergétique dès les années 1990.

Le nucléaire ne peut pas être libertaire

Mais cette « indépendance » électrique nucléaire est trompeuse et est en réalité indissociable d’une politique impérialiste destructrice. Depuis la fermeture des mines d’uranium françaises dans les années 1990, la France s’est imposée au Niger et au Kazakhstan, à travers son fer de lance Areva - aujourd’hui divisée en plusieurs entités suite à différents scandales. Une présence néocoloniale qui a durablement détruit les écosystèmes et les conditions de vie des populations locales.

La toute puissance du nucléaire en France mène depuis des années à une concentration de pouvoir dans les mains d’un petit nombre d’acteurs économiques. Au sein de ces entreprises, la main d’œuvre est très surveillée et ne bénéficie pas des mêmes opportunité d’action qu’ailleurs. C’est une industrie autoritaire, dénuée de toute possibilité de contrôle démocratique. Enfin, le recours accru à la sous-traitance n’empêche pas le nucléaire de bénéficier d’un lobby extrêmement puissant.

Dernière conséquence en date : l’annulation de la conversion de la centrale thermique Cordemais pour ne se contenter que de réduire son activité. Le projet de reconversion, soutenu par les syndicats dans le cadre de la lutte pour un Service Public de l’Énergie  [2], n’a pas été jugé assez compétitif alors même que les EPR, de gros réacteurs dernière génération, sont internationalement reconnus comme étant trop coûteux pour être une solution viable.

Mais en France, le nucléaire bénéficie de subventions... Nous devons poursuivre ces luttes sociales contre le lobby nucléaire afin d’aboutir à la nécessaire décentralisation de la production énergétique pour espérer un contrôle démocratique du secteur.

Énergies renouvelables à la merci du Capital

Loin d’être sociale, la décentralisation actuelle est une conséquence de l’émergence des énergies dites renouvelables. Sans contester le nucléaire, ces nouvelles sources de production modifient le réseau énergétique et son jeu d’acteurs. En effet, si l’État français a concentré le pouvoir en un nombre réduit d’acteurs publics, ce qui lui a été reproché par l’UE, les énergies renouvelables sont autant de nouveaux marchés dans lesquels ont pu s’engouffrer des entreprises privées existantes ou nouvellement créées.

Cette décentralisation libérale n’est pas celle que nous souhaitons et nous en subissons déjà les conséquences. Ainsi récemment en Alsace, un projet de centrale géothermique a été attribué à Fonroche au lieu de l’acteur public local, l’ÉS, qui avait pourtant l’expérience requise... puis a finalement été abandonné avant sa mise en service suite aux nombreux événements sismiques causés par les forages   [3]

Ainsi, malgré un contexte technologique qui peut sembler favorable à l’écologie, l’énergie est un secteur où l’autoritarisme règne et où les oppositions sont balayées même après ce qui semblait être des victoires. Les alternatives existantes, au cœur de combats acharnés entre acteurs privés, nourrissent l’illusion de la croissance verte et participent tout autant à l’impérialisme électrique.

Notre camp social, devra alors trouver d’autres alternatives capables de faire advenir une société anti-capitaliste et anti-autoritaire.

Corentin (UCL Haute-Savoie)

[1Organisation des pays exportateurs de pétrole

 
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