Communiqué UCL Bordeaux-Gironde

Facs entre injonctions pédagogiques et précarité étudiante : les inégalités se creusent

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Les universités ont fait partie comme les autres établissements de l’éducation, des premiers à fermer. Prise dans l’urgence, cette décision a mené à d’autres qui auraient dû faire l’objet de plus de discussion collective. On pense ici à la fameuse « continuité pédagogique » ou encore à la volonté de ne pas déroger à l’impératif de la notation. Cette hâte ayant laissé les enseignant·es seul·es a aussi conduit à laisser de côté les étudiant·es les plus précaires.

Les directives ont été rapide, il fallait faire vite et prendre des dispositions pour qu’une « offre pédagogique » soit maintenue. Cette injonction a malheureusement été faite sans prendre en compte les limites de la demande et l’existence d’un nombre conséquent d’étudiant·es encore aujourd’hui privé·es de connexion Internet et ne pouvant ni accéder aux cours en ligne, ni répondre aux évaluations.

Une injonction à la continuité pédagogique bâclée

À Bordeaux Montaigne par exemple, les enseignant·es ont dû remplir des fiches pour expliciter comment ils et elles comptaient assumer leurs cours sans quoi iels prenaient le risque de perdre leur salaire. Ceci a surtout touché les plus précaires, en particulier le personnel vacataire qui subit déjà tout au long de l’année un décalage de paiement de son salaire s’étalant parfois sur une demi-année (un unique versement de salaire par semestre). Pire, la direction de cette fac annonçait que si les titulaires (maître de conférences et professeur·es) seraient payés en temps, les vacataires devront attendre plus que d’habitude.

Aussi, sans réflexion collective sur les outils numériques à utiliser, beaucoup d’enseignant·es se sont retrouvé·es seul·es à devoir gérer cette continuité pédagogique bâclée, sans concertation officielle avec leurs collègues. Chacun.e doit alors faire à sa sauce, ce qui a participé à une multiplication involontaire des espaces d’enseignement (Zoom, Discord, Bureau Virtuel, E-campus et autres services en ligne non libres). Cette situation a là encore largement perdu les étudiant·es.

Pour ce qui est des examens, les problématiques sont les mêmes. Au lieu d’estimer qu’une situation exceptionnelle pourrait amener à des mesures exceptionnelles, on demande en pleine période de confinement et de stress généralisé que soient maintenues les évaluations des étudiant·es par contrôle continu. Beaucoup semblent alors considérer et envoyer une image de l’Université comme une machine à produire des examens et non du savoir. Certain·es chargé·es de TD continuent alors à donner des notes, bien que d’autres si soient refusé·es comme en sociologie. Mais certaines directions continuent d’annoncer qu’il y aura des examens mais pas pour tout le monde et puis finalement si...bref, une situation qui laisse place à la cacophonie.

Des inégalités qui se creusent

Le stress ne fait que monter pour tout le monde. Pourtant, il faudrait que l’Université tourne "presque" comme si de rien n’était.

Mais encore fallait-il que les étudiant·es aient accès à internet. Ce qui implique de ne pas être en zone blanche, d’avoir un forfait internet, un débit suffisant et surtout un ordinateur !Chose qui n’est pas non plus aisée pour des doctorant.es précaires qui pour certain·es sont censé·es donner des cours en vacation sans avoir de salaire à la fin du mois.

Quant aux évaluations, les étudiant-e-s doivent être en conditions de les effectuer à savoir pouvoir se concentrer or comment est-ce possible quand toute une famille est confinée dans un petit appartement ?

De même alors que les bibliothèques sont fermées, privant d’accès à internet celleux qui n’ont pas de connexion mais surtout empêchant l’accès aux livres, on demande aux étudiant·es de faire des exposés, de finir les mémoires et continuer les thèses. En aucune façon on ne pense pour les masterant·es et doctorant·es faire de cette période, un temps mort. Pire, on demande aux masterant·es de passer leur soutenance.

Les précaires et étudiant·es étranger.es en danger

Alors que la précarité étudiante est déjà visible tout au long de l’année, avec le confinement celle-ci est devenue encore plus prégnante. Depuis des années à Bordeaux, des étudiant·es n’ont pas de quoi se loger, dorment dans la cour de la fac, vivent dans des camions sur le parking du campus de Pessac, dans des squats, chez des ami·es, en somme se retrouvent à la rue. Avec la fermeture des magasins, des bars et restaurants, beaucoup ont perdu leur emploi et ne peuvent plus subvenir à leurs besoins. Ce qui a nouveau pose la question du statut « étudiant·e salarié·e » mis maintes fois sur la table par les syndicats puisque le statut d’étudiant empêche de toucher le chômage, pourtant cotisé sur les salaires.

Au niveau des logements étudiants, il a été rapporté que des étudiant.e.s ont même été menacé·es d’expulsion par le CROUS. Le service public du logement étudiant ne doit pas mettre à la porte celles et ceux qu’il héberge mais doit assouplir les loyers des étudiant-es qui ne reçoivent plus de revenus et respecter la trève hivernale.

C’est ainsi que la situation est devenue intenable. Un collectif de militant·es mobilisé contre la réforme des retraites s’est chargé de créer une cagnotte pour acheter et distribuer des vivres et nécessaire de première hygiène (savon, dentifrice, tampon, serviettes) à des étudiant·es qui pour certain·es n’avaient pas mangé depuis des jours [1]

Parmi ces plus précaires on retrouve des étudiant·es étranger·es qui n’ont pu rentrer dans leur pays. La solitude mène parfois au pire comme à Villeurbanne où un étudiant sénégalais a été retrouvé mort dans sa chambre du CROUS et dont on ne connait pas encore les causes de la mort [2]. Mais aussi deux étudiants parisien que l’isolement et la pression de réussite ont conduit au suicide [3]. Les étudiant·es étranger.es doivent être informé·es du fonctionnement du système de santé et accompagné·es. Nous ne pouvons oublier ces jeunes dans leurs chambres de 9 m² et devons mettre en place un système d’entraide efficace.

Les cours en ligne et la poursuite des examens sont vecteurs d’inégalités. Le suivi pédagogique ne peut se faire qu’en écoutant et en prenant en compte les avis des enseignant·es du supérieur et des étudiant.e.s qui sont les premier·es concerné·es par la situation que l’on décrit.

L’Université n’est pas une machine à produire des notes, elle est un lieu de production et de transmission des savoirs dans l’idéal à toutes et à tous, et ce sans distinction de classe.

Nous réclamons que toutes modalités d’évaluation pendant cette période soient suspendues, que les frais universitaires soient remboursés et que la précarité des étudiant·es soient prise en compte. À terme, nous exigeons de réelles bourses qui n’obligent pas à se salarier et des salaires en fin de mois pour toutes et tous les personnels des facs.

Union communiste libertaire Bordeaux-Gironde, le 14 avril 2020

 
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