Hôpitaux publics : Les prières remplacent le personnel

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En septembre, le ministère du Travail et de la Santé publiait une circulaire relative aux aumôneries dans les hôpitaux. Tandis que partout en France, des professionnels et usagers des services publics de santé luttent pour le maintien des effectifs et des moyens, le gouvernement renforce ceux des religieux.

Partout en France, des hôpitaux ferment ; de plus en plus de personnes renoncent à se faire soigner faute d’argent ou du fait des délais pour obtenir un rendez-vous. Cet été, après la spectaculaire démission de Xavier Emmanuelli, des journaux découvraient que même à la belle saison, des personnes dorment dans la rue. Pire, les structures d’hébergement étant saturées, c’est aux urgences que des familles trouvent refuge.

[*Mainmise morale des religions*]

Mais l’urgence, pour le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé est plutôt, dans une circulaire du 5 septembre 2012, « de mieux définir un certain nombre de principes fondamentaux et d’harmoniser la pratique des aumôniers hospitaliers dans le respect de leurs cultes respectifs, des droits des patients hospitalisés et des valeurs de la République » [1].

Une charte existait déjà mais sans doute celle-ci n’était-elle pas encore suffisamment favorable aux religions. Rappelons que pour Nicolas Sarkozy, « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » [2]. Sans doute porté par cette force, la circulaire insiste plusieurs fois sur le statut d’agent public : « l’aumônier est, quels que soient son mode d’exercice et sa quotité de travail dans l’établissement, un agent public ». D’un genre un peu particulier puisqu’il est chargé d’« une fonction qui, par essence, relève du religieux et du spirituel ». On pouvait naïvement penser que dans une république laïque la position des agents du service public était justement de ne pas exposer publiquement leurs éventuelles croyances religieuses – qu’elles soient animistes, zoroastristes ou autres – alors qu’en fait c’est tout le contraire : « l’aumônier en raison même de sa spécificité, joue pleinement son rôle d’agent public, à titre permanent ou occasionnel, en contribuant à l’amélioration du service rendu aux usagers des établissements publics qui les accueillent ».

[*Encadrement religieux des masses*]

Enfin, dernière petite merveille, « l’aumônier apporte son concours à l’équipe soignante ; son action ne se fait pas au seul bénéfice du patient qui l’a demandé : sa présence, par la dimension éthique qu’il porte, est enrichissante pour tous ». Plus d’ambiguïté possible c’est bien une mainmise morale des religions – du moins les cultes catholique, protestant, juif et musulman – légitimée par l’État. Une subordination de la science au profit de la superstition, comme si l’éthique ne pouvait être présente que dans la religion. Dangereuse dérive dont le texte ne se cache même pas puisque pour justifier l’élaboration d’une charte nationale, il est mentionné que « des expériences d’élaboration de chartes menées à l’initiative de certaines autorités religieuses ont révélé la demande existant en ce domaine et l’intérêt qu’il y aurait à les étendre au plan national » : il y avait une demande puisque les religieux le demandaient ! Face aux remises en cause d’un pouvoir qui apparaît de plus en plus illégitime, la tentation de l’encadrement des masses par la religion semble plus que jamais d’actualité [3]. Mais aujourd’hui, tandis que notre système de santé se détériore chaque jour un peu plus, ce ne sont pas des aumôneries dont nous avons besoin mais de médecins et de personnels soignants, de respect pour les malades qui ne doivent plus être considérés comme des unités de valeurs d’actes tarifés. Nous avons besoin de voir rouvrir les services fermés pour cause de coupes budgétaires, et partout d’un plein accès à l’IVG.

David (AL Paris Nord-Est)

[1Circulaire N°DGOS/RH4/2011/356 du 5 septembre 2011 relative à la charte des aumôneries dans les établissements mentionnés à l’article 2 de la loi 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

[2Allocution de Nicolas Sarkozy dans la salle de la signature du Palais de Latran, le jeudi 20 décembre 2007.

[3Voir Alternative libertaire n°208, juillet-août 2011.

 
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