Les Chroniques du travail aliéné : « Un bizness du vol bien organisé ... », Eugène, mécanicien électronique

Version imprimable de cet article Version imprimable


Les Chroniques du travail aliéné par Aline Torterat, médecin du travail

Eugène, mécanicien électronique [1]

J’ai commencé ma carrière dans la mécanique agricole. J’ai toujours aimé la mécanique. Puis, je me suis spécialisé dans la mécanique électronique. Depuis quelques années j’installe des antivols sur les machines du secteur des travaux publics (grues, chargeurs, rouleurs, etc… ). C’est une vraie spécialité. Ces antivols sont constitués d’un boîtier muni d’un code confidentiel de démarrage et d’un système GPS de repérage de l’engin lorsqu’il est volé. Le plus souvent, je pose cela à la demande des propriétaires de machines et, parfois, à la demande des fabricants si leur acheteur réclame cette sécurité. Les fabricants ne sécurisent jamais leurs machines sans une commande de l’acheteur. Les vols sur chantiers de ces outils mécaniques volumineux sont très fréquents. C’est facile, ça passe inaperçu le plus souvent, même en plein jour. En effet, sur un gros chantier de BTP, ça grouille de monde. Plusieurs personnes sont amenées à se servir alternativement du même engin. Les clés restent dessus et en plus, ces clés sont toutes les mêmes, elles ne sont pas codées. Une clé peut démarrer plusieurs engins. En plus, il y a beaucoup de matériel de location, non *sécurisé ou avec le code de l’antivol inscrit dans la cabine pour que plusieurs ouvriers puissent l’utiliser à tour de rôle. Avec les divers corps de métiers, les intérimaires, la rotation des ouvriers, il est facile d’arriver avec un camion et d’embarquer un engin. Si l’outil est muni d’un antivol on peut le situer géographiquement et le récupérer. C’est pourquoi les entrepreneurs font installer ces antivols sur les outils neufs. Mais les assurances sont très chères, alors, bien souvent, ils arrêtent l’assurance au bout de quelques années. Et beaucoup d’engins ne sont pas sécurisés. Ces voleurs fonctionnent comme de vraies entreprises. Les machines sont souvent embarquées sur un camion, en plein chantier, au vu de tout le monde (ce qui est un excellent camouflage car celui qui embarque est assimilé à un acteur du chantier) et elles partent très rapidement à l’étranger. En général, il est plus coûteux d’organiser un retour que d’en racheter une. Et en ricochet, c’est une aubaine pour les constructeurs puisque cela alimente leur carnet de commande. Raison pour laquelle ils n’installent pas les antivols sur leurs modèles neufs. Un bizness du vol bien huilé. Il faut bien que tout le monde vive…. Et, tout de même, c’est un fond de roulement assuré pour moi. Alors, qui s’en plaindrait ?

[1Seul le prénom est modifié, le reste est authentique

 
☰ Accès rapide
Retour en haut