Musées : De l’art ou du cochon ?

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Depuis que l’ancienne cité industrielle de Bilbao en Espagne a effectué sa gentrification en achetant son musée Guggenheim, beaucoup de villes ont tenté de copier la recette qui transforme l’ancien acier en espèces sonantes. Mais s’agit-il vraiment d’aider les habitants et habitantes à venir découvrir les collections ?

Depuis une dizaine d’années, la politique de renouveau des musées commence à être rodée. On passe d’abord commande d’un bâtiment prestigieux. On dépouille les anciennes collections existantes en prétextant une modernisation. Puis, le jour J, on organise un lancement en grandes pompes. Ne reste plus qu’à mesurer le succès de l’opération à l’aune des espèces dépensées par les touristes. Après le Guggenheim de Bilbao, la Tate Modern de Londres ou le MAXXI à Rome, Paris a suivi le mouvement avec le Musée des Arts Premiers. Dans ces écrins on trouve… peu d’œuvres exposées mais une prédominance des espaces commerciaux et une mise en avant d’expositions évènements proposées à des tarifs élevés. Ces mêmes schémas contribuent à homogénéiser partout les habitudes touristiques et à ne faire se croiser qu’une seule espèce de voyageurs/consommateurs. Avec les nouvelles politiques tarifaires pratiquées, il est devenu presque impossible pour une famille de rentrer ensemble dans un musée. Cette volonté d’écarter les groupes familiaux trouve son paroxysme dans le fait de faire payer l’entrée de certains parcs historique (comme celui-du Château de Versailles) ; un lieu où justement il était aisé et agréable pour des familles d’y emmener des enfants.

[*Musées ou Galerie ?*]

Mais si le public est sélectionné, la transformation est également profonde en interne. Faisant la chasse aux coûts et sabrant tout ce qui n’est pas vendables aux visiteurs, les nouveaux organes directifs n’hésitent pas à supprimer des postes de conservateurs et de bibliothécaires. Le Musée de l’Homme a ainsi assisté à l’accaparement de ses pièces les plus esthétiques parties enrichir le fond du Musée des Arts premiers, oubliant au passage que l’ancien musée était accolé à des laboratoires menant des travaux de recherches. C’est désormais un contrat de prestataire qui gère le fonctionnement. Le musée peut donc présenter un ratio taille/nombre de fonctionnaires particulièrement faible ce qui n’est pas pour déplaire aux tenants de la RGPP.

Temporairement épargnés par les phénomènes spéculatifs ayant profondément modifié les centres villes, les musées voient aujourd’hui leurs principales missions remises en cause au détriment d’une rentabilité mesurée de manière annuelle. Ce traitement de choc fera peut-être de quelques bâtiments élus des objets rentables mais laissera de côté tous les autres après les avoir mis en concurrence ce pourquoi ils ne sont ni destinés ni préparés. À un moment où nombre de réflexions (notamment sur le logement) émergent sur la manière dont nous souhaiterions nous réapproprier la ville, élaborer des propositions sur la manière de transmettre ces savoirs est incomparable.

Nico (AL Paris Nord-Est)

 
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