Pollution marine : Stopper la catastrophe en marche

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La plupart des espèces côtières ou de surface est menacée par les activités humaines. Les pollutions issues des activités sur terre, des transports ou des marées noires, le réchauffement planétaire et la surpêche se combinent pour dégrader massivement les océans.

Selon le PNUE [1], 80 % environ des pollutions marines résultent des substances toxiques déversées sur terre, qu’elles soient d’origine industrielle (hydrocarbures, métaux lourds, radionucléides), agricole (engrais, pesticides) ou polluantes (traitement des eaux usées et des décharges). Les nitrates et phosphates, massivement utilisés par l’agriculture intensive ou par les stations d’épuration, conduisent à la multiplication d’algues vertes. C’est un exemple emblématique de la création locale de « zones marines mortes » où la plupart des organismes marins disparaissent. En 2004, l’Onu signalait plus de cent zones marines mortes dans les baies, en aval d’estuaires et en mers fermées. Ce phénomène, en constante progression, touche désormais quatre cents zones côtières soit près de 245 000 km2 d’océan où la pollution tue à présent l’ensemble des organismes végétaux et animaux qui vivent dans les fonds marins. Ces phénomènes sont amplifiés par les rejets massifs de CO2 dans l’atmosphère, qui se traduisent mécaniquement par une acidification des océans et affectent les petits organismes planctoniques à la base de la chaîne alimentaire avec les conséquences en cascade que l’on imagine.

[*Surpêche mortifère*]

Ainsi des écosystèmes entiers, comme les récifs coralliens, sont menacés par les conséquences de l’activité humaine. Si ceux-ci ne couvrent que 0,2 % du fond des océans, ils rassemblent à peu près 25 % des espèces marines. Leur possible disparition – notamment ceux des Caraïbes – a fait l’objet d’un rapport scientifique, présenté par l’Unesco le 28 janvier 2008. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), une augmentation de la température moyenne du globe de 2°C aboutirait à une mort généralisée des coraux au niveau mondial. L’autre grande question est la surpêche. L’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) estime à 77 % la proportion d’espèces de poissons impactées à différents degrés : 8 % serait épuisées, 17 % surexploitées et 52 % exploitées à leur maximum. Les capacités de captures de poissons ont atteint des niveaux totalement incompatibles avec la productivité des océans. Les prises de poissons atteignaient déjà un maximum de 100 millions de tonnes en l’an 2000. Et bien que les capacités de pêche ne cessent d’augmenter, la production stagne depuis les années 1990. Les navires industriels couvrent de longues distances et pêchent à grande profondeur avec des moyens techniques très perfectionnés. Les fonds marins sont dévastés par des filets lestés qui capturent le plus de vie benthique possible [2], affectant chaque année une surface de fond marin égale à deux fois celle des États-Unis continentaux !

[*Raréfaction des ressources*]

Depuis 1950, les pêcheries industrielles descendent vers le sud au rythme de l’épuisement des stocks, soit de 0,8° par an. Seules les flottilles les plus subventionnées restent en compétition, créant un clivage de plus en plus important avec les pays pauvres. Dix à quinze pour cent de l’océan mondial est directement concerné par la surpêche selon l’Onu, mais avec des impacts qui affectent ou affecteront au moins les trois quart des principales zones de pêche du monde. Les causes de la catastrophe en marche sont connues : changements climatiques, pollutions et surpêche. La raréfaction des ressources halieutiques [3] et le nombre importants de personnes dépendants de ces dernières ne peut que conduire à des problèmes économiques, sociaux et politiques. Le dépassement des intérêts immédiats de la minorité capitaliste ayant fait main basse sur ces ressources est la condition nécessaire à un début de solution dont nous détaillerons les aspects dans le prochain numéro.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1PNUE : Programme des Nations Unies pour l’Environnement, http://www.unep.org/french/

[2Le benthos est l’ensemble des organismes aquatiques vivant à proximité du fond des mers et océans, des lacs et cours d’eau.

[3Ressources vivantes (animales et végétales) des milieux aquatiques marins ou dulcaquicoles (eau douce) exploitées par l’homme (pêche, aquaculture).

 
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