Les Clasiques de la subversion : « Front populaire, révolution manquée » de Daniel Guérin

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La première édition de ce témoignage sur le Front populaire date de 1963. Dans les années 1930, Daniel Guérin appartient à la gauche de la SFIO, qui devient par la suite une organisation distincte, le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), de tendance libertaire, prônant notamment la mutiplication de comités populaires locaux.

L’épisode du Front populaire a lieu dans un contexte de montée des fascismes. La dictature est déjà en place depuis douze ans en Italie. Les émeutes de février 1934 fomentées par l’extrême droite française ont pour D. Guérin une consonance particulière : il avait en effet prévu cette évolution après avoir séjourné en Allemagne au moment de l’arrivée au pouvoir d’Hitler .

Les avancées sociales de l’époque – semaine de quarante heures, congés payés – passent encore aujourd’hui pour être le résultat du volontarisme des partis de gauche arrivés au gouvernement. Cette mythologie est remise en question : c’est sous la pression des mouvements de grève que le gouvernement va au-delà de son programme initial « rabougri », limité à la nationalisation de certains secteurs de l’économie, sans remise en cause du capitalisme. Cela est vrai au point que « les grèves sur le tas continuèrent à faire boule de neige. Après l’accalmie du mois d’août, [...], les occupations reprirent de plus belle. Elles avaient, partout, une cause bien précise : le patronat violait ou tournait à qui mieux mieux les nouvelles lois sociales ; pour imposer, dans le cadre de l’atelier, le respect de leurs conquêtes, les travailleurs ne voyaient pas d’autre moyen que de risposter par la tactique qui avait fait merveille en juin. »

C’est le Front populaire, mouvement social qui fut vivant et original, et non le gouvernement qui portait le même nom.

L’échec vient notamment de la division des syndicats et de l’extrême gauche, de l’importance électorale de la social-démocratie, attentive à ne pas mécontenter les milieux financiers – les « occupations sans cesse renaissantes avaient le don d’indisposer les banquiers dont la trésorerie du gouvernement Blum avait un si pressant besoin. » Cela reflète l’incapacité ou le refus des partis de sortir des cadres posés par la classe dominante : choix du réformisme, pacifisme classique. Le rôle du Parti communiste reste de ce point de vue emblématique : suivant une ligne dictée par l’URSS, il entrave toute tentative d’unité autour d’un pôle social radical, et s’en tient à un « social-patriotisme » intransigeant face à l’Allemagne, au lieu d’un pacifisme lutte de classe, qui aurait par exemple remis en cause le traité de Versailles.

Patrick (AL Montpellier)

• Daniel Guérin, Front populaire, révolution manquée, Arles, Acte Sud/Babel, 1997, 10 euros

 
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