A Contre courant : L’étincelle

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduite l’édito de la revue alsacienne A Contre courant-> http://www.acontreconrant.org/, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex

"Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine.. » (Mao). En l’occurrence, il aura suffi (si l’on peut dire) qu’un étudiant chômeur tunisien s’immole par le feu pour protester contre une exaction policière pour déclencher un soulèvement qui, en quelques jours, allait balayer une dictature qui avait opprimé son peuple plus de deux décennies durant. Qu’il ait fallu l’intervention d’une armée que le clan Ben Ali avait négligée et celle d’un mentor états-unien peu désireux de se laisser embarquer dans un nouveau scénario iranien, n’enlève rien au fait que c’est bien un soulèvement populaire qui en a rendu impossible le maintien au pouvoir d’un régime corrompu en faisant voler en éclats sa façade de légitimité.

Sans préjuger de la suite de cette insurrection en Tunisie même, on peut déjà noter combien elle a produit des effets inattendus ailleurs, souvent là où on ne l’attendait pas. À commencer par la France où elle a révélé un autre aspect de « nos » gouvernants, depuis un Sarkozy tétanisé par des événements qu’il n’avait pas vu venir jusqu’à une Alliot-Marie impatiente d’exporter le savoir-faire français en matière de répression des manifestations. Il est vrai que, depuis un certain 17 octobre 1961, la police française est en mesure d’en remontrer à bien d’autres dans l’art de réprimer des manifestations de Nord-Africains, tout en étant capable de faire disparaître les dizaines de cadavres de ces victimes… Mais cela nous aura aussi permis de (re)découvrir l’inénarrable DSK en Monsieur Loyal du capital financier international, adressant au ci-devant président de la République tunisienne un vibrant éloge de bon élève du FMI et de modèle de dirigeant de « pays émergent ». Cela n’est pas sans rappeler le précédent du « Danube de la Pensée », alias Nicolas Ceausescu, lui aussi félicité en son temps pour sa docilité envers les gnomes de Washington, et qui aura fini sa carrière un soir de Noël arrosé… de quelques rafales de mitraillette.

Tyrans de tous les pays, méfiez-vous des compliments du FMI : ils ont valeur de glas ! C’est ce que doivent se répéter, entre autres, les « frères » de Ben Ali, les Mohamed VI, Bouteflika, Kadhafi, Moubarak, Assad et autre roitelet jordanien, sans compter les Al Saoud, nouveaux hôtes du dictateur déchu et de sa tonne et demie d’or, qui prennent déjà des précautions pour éviter de connaître le même sort, maniant la carotte des subventions aux produits de première nécessité et le bâton des hausses de salaires des membres des forces de sécurité, ultime rempart de leur régime vermoulu. Ainsi, de Tunis à Ryad en passant par Paris et Washington, la révolte du peuple tunisien, pourtant encore modeste dans ses effets, a fait tomber les masques en révélant simultanément l’extrême fragilité des pouvoirs en place, leur cynisme sans rivage et leur profonde solidarité. Que demain se produisent des événements semblables ailleurs, en Chine ou en Inde par exemple, et c’est un ouragan qui déferlera sur la planète !

 
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