Convention collective de la métallurgie : le patronat veut dessouder nos acquis sociaux

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Le patronat de la métallurgie cherche à imposer une nouvelle convention collective, qui serait un véritable recul pour les salarié·es. Face à cette régression, la mobilisation syndicale peine à se faire, et reflète les difficultés à s’adapter à la réalité d’une industrie qui a bien changé.

Depuis 2016, l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM, un poids lourd du Medef), célèbre pour ses caisses noires antigrèves, a enclenché une négociation avec les syndicats représentatifs de la branche pour créer une nouvelle convention collective nationale unifiée, fusionnant les dizaines (quasiment une par département) qui coexistent actuellement. L’objectif : simplifier pour mettre à égalité… vers le bas ! Il s’agit de supprimer un grand nombre de droits, acquis dans une industrie historiquement combative.

Cette nouvelle convention sera ratifiée à la fin de l’année si le patronat parvient à ses fins. Au programme, individualisation et flexibilité : suppression de la prime d’ancienneté, disparition de la reconnaissance des diplômes, qualification au poste plutôt qu’à la personne. Il sera désormais possible de voir sa qualification régresser au bon vouloir de l’employeur, d’augmenter le temps de travail, de licencier un salarié pendant un arrêt maladie. Toutefois ces régressions ne seront possibles qu’avec l’approbation du trio de la collaboration de classe : FO, la CFDT et la CGC.

Face à cette alliance du patronat et des syndicats jaunes, la CGT est isolée dans cette lutte qui concerne les salarié·es de la métallurgie, mais risque de rejaillir sur l’ensemble du privé, car si historiquement les conventions métallos furent à la pointe des conquêtes sociales, son patronat est également l’un des mieux organisés et des plus réactionnaires (l’UIMM a financé des groupes d’extrême droite tels que le GUD et l’UNI).

Une mobilisation difficile et révélatrice

La CGT-Métallurgie essaye donc seule d’organiser une lutte sur ce sujet technique qui traîne depuis des années. La complexité de la négociation ne favorise pas l’implication des salarié·es pour construire un rapport de force, et il a fallu depuis 2016 former les militantes et militants sur les enjeux, sensibiliser les salarié·es dans les entreprises et surtout mobiliser. Après une pétition, des rassemblements régionaux et de multiples reports en raison de la bataille des retraite ou du contexte sanitaire, la fédération organise le 25 novembre un rassemblement devant le siège de l’UIMM à Paris : les syndicats vont devoir investir cette date afin d’intensifier le bras de fer !

La lente et difficile construction de ce rapport de force pose évidemment la question de l’implantation du syndicalisme de lutte, encore trop centré sur les grands groupes alors que le tissu industriel s’est métamorphosé. Dans les nombreuses TPE-PME, les salarié·es seront particulièrement impacté·es par ces reculs sociaux, en l’absence d’accords d’entreprise plus favorables. Un défaut d’implantation qu’on retrouve aussi parmi les ingénieur·es qui représentent désormais une large part du salariat industriel. Au-delà de cette lutte cruciale on constate encore une fois que renforcer nos organisations de classe est essentiel face au patronat qui est à l’offensive.

Émile (UCL Grenoble)

 
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