Education : Qui veut la peau des syndicats de lutte ?

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La réforme de la représentativité va passer par l’Éducation nationale comme par l’ensemble de la fonction publique. Spécificité : dans l’éducation les structures syndicales de lutte, SUD et CGT, risquent gros.

Dans l’Éducation nationale, à l’inverse d’autres secteurs, ce n’est pas un pourcentage aux élections qui déterminera la représentativité des organisations syndicales. La seule et unique condition pour qu’une organisation syndicale soit déclarée représentative sera d’obtenir un siège au Comité technique ministériel (CTM, doté de 15 sièges). Obtenir un siège dans les Comités techniques académiques (CTA, dotés de 10 sièges), n’aura aucune incidence sur la représentativité.

La mécanique du pire

Pour la première fois, c’est l’ensemble des personnels de l’éducation nationale, précaires comme titulaires, qui voteront ensemble pour ces élections aux CT. C’est dans ce contexte que se préparent les élections professionnelles d’octobre 2011, à hauts risques pour le syndicalisme de lutte.

Tout est en effet en place pour un scénario catastrophe. Car à la représentativité sera évidemment liée la conservation des moyens syndicaux : décharges de service certes, mais aussi autorisations syndicales d’absences et peut-être même dépôt d’heures mensuelles d’informations syndicales. Ce sont bien des dizaines de sections syndicales qui risquent d’être privées des moyens d’agir au quotidien ! Si la puissante FSU, assurée de faire à elle seule près de 50 % des voix [1], ne craint pas grand-chose, il n’en va pas de même pour les « petits » syndicats de lutte [2].

Les élections aux CT concernant l’ensemble des personnels, il est difficile de se faire une idée des voix que pourront rallier tant Sud Éducation que l’Unsen-CGT. En 2008, Sud n’arrivait toujours pas à présenter des listes à tous les niveaux d’élections et dans tous les corps, quand la CGT n’était présente quasiment que dans les lycées professionnels (LP) [3]. Pour Sud Éducation, l’obtention d’un siège en CTM se jouera à peu de choses. Pour la CGT, si elle se présente seule aux élections, il n’y a aucune chance.

Coquetterie supplémentaire : les élections aux CT se dérouleront par vote électronique et l’organisation en est confiée à une boîte privée ! Quid du dépouillement ?

Inacceptable !

Quand on sait que les négociations se dérouleront désormais dans les seuls CT, on voit bien la logique à l’œuvre : les syndicats Sud et CGT auront certainement des élus dans les CAP [4] ; dans certaines académies, Sud réussira peut-être même à obtenir un élu en CTA ; mais sans élu au seul CTM, ces organisations syndicales seront purement et simplement exclues du champ des négociations et dépourvues de moyens ! Situation aberrante, où l’on pourrait voir un syndicat comme la CGT, qui recueille presque 25 % des suffrages en LP, perdre la représentativité y compris pour ces personnels.

Côté syndicats, la riposte se fait en ordre dispersé. Sud Éducation a proposé à toutes les organisations syndicales de mener une campagne publique commune en défense des libertés syndicales et exigeant de revoir les critères de représentativité. Seules trois ont répondu (mais pas la CGT ni la FSU). Renforcées depuis la grève de 2003, les équipes syndicales de lutte vont-elles disparaître sans coup férir ? Les lignes peuvent encore bouger… encore faut-il que le débat soit posé en ces termes auprès des personnels ! Il appartient aux militants syndicaux de dénoncer rapidement et vigoureusement cette réforme scélérate.

Théo Rival (AL Orléans)

[1En 2008, la FSU avait enregistré 46,74 % des voix aux élections professionnelles des personnels d’éducation

[2Aux mêmes élections, Sud enregistrait 6,02 % des voix et la CGT 4,30 %

[3Où en 2008 elle ralliait 23,89 % des voix !

[4Commissions administratives paritaires : à la différence des CT on y vote par corps au niveau local comme national. Il y a des CAP pour les profs de LP, pour les instits, les conseillers d’éducation, etc.

 
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