Facs en lutte : Une grève pour rien ?

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La grève entamée dans les facs depuis février est une des plus longues de ces dernières années. Pourtant au niveau revendicatif, rien n’a été obtenu. Reste un certain nombre de points politiques sur lesquels s’appuyer pour construire les prochaines mobilisations.

La reprise des cours et la tenue d’examens à la mi-mai dans de nombreuses universités ont marqué le déclin d’un mouvement de grève entamé quatre mois plus tôt. Initiée par les enseignants-chercheurs sur des bases plutôt corporatistes, la mobilisation contre la masterisation des concours de l’enseignement et le décret réformant le statut de ces premiers, est vite devenu une grève contre l’ensemble des politiques visant l’enseignement supérieur.

L’entrée des personnels Biatoss [1] et des étudiants avec la mise en place de piquets de grève a permis une massification du mouvement ainsi que des actions. Mais malgré des tentatives de convergence avec d’autres secteurs en lutte, le mouvement est resté isolé. La désinformation et la répression orchestrées par le gouvernement, l’administration et certains syndicats ont eu raison de la mobilisation. Ajoutons à cela une incapacité chronique à se coordonner nationalement pour les étudiants. Enfin une grande difficulté à construire un discours politique plus universel que la simple critique des réformes.

Rapprochement avec les étudiants

De fait aucune des revendications portées par les grévistes n’ont abouti. Alors, une grève pour rien ? La non-victoire sur des revendications même locales risque d’entacher durablement l’action collective comme moyen. Cependant l’impact politique d’un mouvement ne se mesure pas qu’à son gain revendicatif. Un certain nombre de points politiques se sont tout de même construits lors de cette grève. En premier lieu la durée du mouvement et le fait que celui-ci soit lancé par les enseignantes et les enseignants (donnant une légitimité plus forte dès le départ aux grévistes) avec notamment des assemblées générales d’UFR [2] ont permis une politisation importante. Politisation par le fait qu’aujourd’hui ils sont peu nombreux, ceux qui défendent la LRU [3] dans les facs, contrairement à la grève de novembre 2007. Politisation aussi avec la décrédibilisation des institutions universitaires : ces lieux où des motions dénonçant les réformes sont votées mais où ces mêmes réformes sont appliquées. La lutte contre les politiques universitaires actuelles doit donc se mener en dehors des institutions. Politisation enfin par le rapprochement entre une part des enseignants et des Biatoss et les étudiants, loin des chimères corporatistes qui caractérisent l’université.

Contre-pouvoirs

S’il est primordial de renforcer et d’unifier les syndicats de lutte aujourd’hui beaucoup trop faibles et qui seuls permettent une coordination à une échelle nationale, il est tout aussi important de structurer ceux et celles qui se retrouvent sur les points évoqués plus haut :UFR autonome, université populaire, comité de lutte… peu importe le nom pourvu qu’à travers ce cadre puissent se regrouper des enseignants, des Biatoss et des étudiants dont l’action permet à la fois une activité de contre-pouvoir aux féodalités administratives locales et une activité de réflexion sur le savoir (avec des cours alternatifs, des remises en cause de la pédagogie et des finalités actuelles de l’université, etc.) ouverte aux personnes non inscrites à la fac.

Enfin, la mise en place de collectifs interprofessionnels est aujourd’hui une donnée politique importante. S’ils sont construits indépendamment de la grève dans les universités, celle-ci a su les investir dans certaines villes (Rennes, Toulouse...) avec la mise en place de tracts ou d’actions communs. Si ces cadres ne pèsent encore que de manière dérisoire face à l’inertie des direction syndicales et face à l’isolement de nombre de salarié-e-s, ils constituent néanmoins un point politique novateur sur lequel s’appuyer pour construire la future convergence des luttes.

Camille et Tristan (AL Toulouse)

[1Personnels bibliothécaires, administratifs, techniques, sociaux et de santé.

[2Unité de formation et de recherche, composante de l’université.

[3Loi d’autonomie des universités, votée pendant l’été 2007, inégalement appliquée selon les facs.

 
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