Cinéma : Wakamatsu, « United Red Army »

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Le film-documentaire Armée rouge unifiée, est dû à l’ancien yakuza Koji Wakamatsu, qui dès la création de sa propre maison de production en 1965, se lança dans la création d’œuvres militantes, exhortant la jeunesse à se lever contre l’oppression, comme L’extase des anges ou Quand l’embryon part braconner.

Le film retrace l’histoire d’un groupe armé d’extrême gauche, l’Armée rouge unifiée, en nous immergeant dans le contexte des luttes japonaises de la fin des années 1960, qui étaient ultra-sectaires, caractérisées par des affrontements violents sur les campus entre militants des diverses factions d’extrême-gauche, notamment les organisations trotskistes Chukaku (qui existe encore aujourd’hui et qui est active dans de nombreuses universités japonaises) et Kakumaru, qui se haïssaient [1]. La principale fédération étudiante (Zengakuren) peine alors à rassembler le corps étudiant. Reflux des luttes, au début des années 70. Les militants les plus radicaux refusent d’abandonner le combat et décident de se lancer à corps perdu dans la lutte armée. Ils forment pour cela la Fraction armée rouge (Sekigun-ha) en 1971, et entrent dans la clandestinité. Puis la Faction armée rouge se divise en deux branches : l’Armée rouge unifiée (Rengo sekigun) et sa branche internationaliste, l’Armée rouge japonaise (Nihon sekigun) dirigée par la militante Fusako Shigenobu. Cette dernière quitte le Japon pour rejoindre le Proche-Orient où ses militants fomenteront, entre autres, un attentat dans l’aéroport de Tel-Aviv en mai 1972, provoquant la mort de 26 personnes.

Le film nous décrit le parcours des militants de l’Armée rouge qui sont restés au Japon, en reconstituant les purges intestines sanglantes que connaitra cette organisation, aboutissant à la mort de 14 de leurs membres. En décembre 1971, l’Armée rouge japonaise, après avoir cambriolé des banques et des commissariats afin de se pourvoir en munitions, décide de partir dans les montagnes pour s’entraîner à la lutte armée, alors qu’en août, deux de leurs militants, qui se sont enfuis de l’organisation, sont retrouvés et exécutés par les militants eux-mêmes. Finalement, cet épisode dans les montagnes tourne au carnage, car ils et elles sombrent progressivement dans le sectarisme le plus total et, encouragés par leurs leaders, ne cessent de s’accuser de ne pas être de « vrais révolutionnaires » ou d’être « stalinien », en ordonnant une « autocritique » immédiate et en obligeant tous les membres à ruer de coups le ou la militante accusée. Pour prouver leur réelle « capacité révolutionnaire », les leaders font endurer une série d’épreuves physiques stupides à leurs membres, qui entraineront la mort de plus d’une dizaine d’entre eux, certains ayant été exécutés car suspectés, à tort, d’espionnage ou de vouloir prendre la fuite. L’organisation est finalement démantelée en 1972, suite à une prise d’otage ratée dans le chalet d’Asama, qui sera littéralement pris d’assaut par les CRS japonais.

Le film, qui aurait pu faire dans le sensationnel, reste très neutre, en restituant assez bien le contexte sociologique de l’époque, qui permet de saisir, en partie, l’origine de cette catastrophe humaine.

François (AL Paris-Sud)

• Koji Wakamatsu, United Red Army, 190min., 2009.

[1Voir « 1969 : le Mai 68 japonais s’achève dans la confusion », dans AL de janvier 2009.

 
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