Ontario : La mine aux mineurs !

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Depuis le 13 juillet, près de 3 500 employé-e-s syndiqué-e-s de la compagnie minière Vale Inco sont en grève dans diverses régions, dont plus de 3 000 à Sudbury en Ontario. La compagnie veut baisser les salaires et dégrader les conditions de travail, alors qu’au même moment elle affiche des profits records.

La compagnie minière brésilienne CVRD, numéro 2 mondial, a, en 2008, généré un profit net record de 8,9 milliards d’euros. Les dividendes de ses actionnaires ont augmenté de 52 % par rapport à 2007, représentant 1,9 milliard d’euros, soit plus que l’ensemble des salaires et des bénéfices marginaux de ses 100 000 employé-e-s. Depuis 2001, CVRD s’est lancé dans une vague d’acquisition, dont, en 2006, l’énorme minière canadienne Vale Inco et son complexe de Sudbury, le plus important gisement de nickel au monde.

Depuis 1997, CVRD affronte systématiquement ses ouvriers. Au Brésil, les emplois ont été précarisés et les travailleurs sont congédiés pour la plupart après trois à cinq ans afin d’empêcher toute forme d’ancienneté. Avec la demande grandissante des économies émergentes pour les ressources minières et la course contre les nouveaux pays producteurs tels que la Chine, les géants miniers tentent évidemment de minimiser les coûts de production en coupant massivement dans les salaires des travailleurs.

L’affrontement

C’est dans ce contexte que, profitant de la crise qui frappe durement l’industrie ontarienne de l’automobile et de l’acier, CVRD a décidé un gel salarial de trois ans, des modifications majeures du régime de retraite et la désindexation du salaire sur l’inflation ainsi qu’une réduction considérable de la part variable, soit une baisse moyenne de 25 % du salaire de base. Les travailleurs de Sudbury, affiliés au syndicat des United Steel Workers (USW), n’avaient d’autre choix que de déclencher la grève.

Le syndicalisme nord-américain, plongé dans le marasme depuis de nombreuses décennies, a rapidement été dépassé par les événements. Les grévistes, dès la fin juillet, ont fait face à une injonction du tribunal les empêchant de bloquer les camions plus de quinze minutes. Dès lors, une quarantaine de grévistes ont été assignés à comparaître devant le tribunal. Quelques semaines plus tard, l’Ontario ne possédant pas de législation anti-briseurs de grève comme le Québec, Vale utilisa des jaunes, pour la plupart employés de bureau non grévistes membres des USW, pour faire le travail des grévistes. Cela isola encore plus les grévistes, pour qui la solidarité nationale et internationale s’était limitée jusqu’à tout récemment à quelques visites de chefs syndicaux et des lettres d’appui.

Un comité d’appui des femmes

Le mois d’octobre a cependant donné un peu d’espoir aux travailleurs en lutte avec la mise sur pied d’un comité d’appui des femmes, sur le modèle de celui qui avait joué un rôle crucial dans la dernière grande grève de neuf mois en 1978-79. Ce qui pourrait ouvrir la porte à une certaine forme d’auto-organisation des grévistes. De plus, plusieurs syndicats de travailleurs de Vale ailleurs sur la planète ont intégré symboliquement les revendications de l’Ontario à leurs propres revendications, provoquant même la rupture des négociations dans deux mines au Brésil.

Malgré des pertes de plus de 300 millions d’euros pour CVRD depuis le début de la grève, il est évident que le syndicalisme traditionnel est de plus en plus impuissant face aux transnationales. L’auto-organisation des travailleurs et l’internationalisation des luttes syndicales devront devenir le modus operandi de la lutte au XXIe siècle.

Stéphane Boudreau (UCL Montréal)

 
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