SNCF : La solidarité ouvrière passe aussi par le droit de retrait

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Mi-octobre, une partie du pays a été paralysée par un débrayage surprise de centaines de cheminotes et cheminots. Une grève ? Nullement. L’usage collectif du droit de retrait, à la fois légal et légitime, en dépit de l’hystérie politicienne et médiatique.

Mercredi 16 octobre, un TER heurte un véhicule à un passage à niveau. Le conducteur du train est blessé. Mais, seul agent SNCF à bord du train, il doit s’occuper des usagers victimes de l’accident ; surtout, il lui faut prendre, tout de suite, les mesures de sécurité pour éviter qu’un autre train ne percute le convoi accidenté : torches à flamme rouge, pétards sur les voies, barre de courts-circuits qui fait passer « au rouge » les signaux, drapeau rouge, lanterne…

C’est tout le problème de l’équipement des trains à agent seul (EAS) qui est ainsi résumé. Cette vaste opération pour doper la productivité, consistant à retirer le personnel d’accompagnement (les « contrôleurs »… dont le métier n’est pas que de contrôler, loin de là), a débuté il y a 40 ans en Île-de-France. Et depuis plusieurs année, elle a pris une dimension nationale malgré des résistances syndicales locales. Il y a un grave problème de sécurité, notamment lorsqu’il s’agit de rames peu résistantes aux chocs : c’est le cas des autorails à grande capacité (AGC), matériel en cause dans l’accident du 16 octobre, et utilisé désormais dans de nombreuses régions.

Ne pas vouloir mourir ni être blessé au boulot

Ne pas vouloir mourir ni être blessé au boulot, dénoncer les risques encourus par les usagères et usagers lorsque le seul travailleur à bord d’un train est le conducteur ou la conductrice, voilà ce qui a motivé le droit de retrait du personnel de conduite et d’accompagnement. En réponse, le gouvernement, la direction SNCF, la majorité des commentateurs et commentatrices des médias ont crié au scandale, exigé des sanctions et des poursuites judiciaires ! On a étouffé la voix de l’inspectrice du travail confirmant le bien-fondé de l’action cheminote et demandant la suspension des rames AGC tant qu’il n’y aurait pas le personnel nécessaire à bord.

La généralisation du droit de retrait dans la région de l’accident est une initiative de la CGT, majoritaire sur le secteur. Mais, comme pour d’autres mouvements de ce type dans le passé, la solida­rité a joué. SUD-Rail y a largement contribué, soutenant d’emblée l’extension à travers plusieurs tracts fédéraux. Certes limité par définition au personnel roulant, le mouvement a été très fort du jeudi au samedi. La reprise, généralisée le lundi, a commencé le dimanche, lorsque la CGT a appelé à cesser le retrait pour préparer « une grève à la hauteur de [notre] colère le 5 décembre »… Une grève à laquelle l’Unsa et SUD-Rail appelaient déjà, et dont on sait que le sujet n’est pas la sécurité ferroviaire. La fédération CGT a refusé tout travail unitaire durant cette période. C’est dommageable et de mauvais augure pour la suite.

La réaction massive du personnel de conduite et d’accompagnement est une bonne nouvelle en soi. Elle rappelle que la solidarité ouvrière n’est pas une vieille histoire. Elle permet aussi de poser des questions fondamentales : qui est le mieux placé pour juger du danger lié à un travail, si ce n’est celui ou celle qui l’exerce ? Puisque personne ne travaille à notre place pourquoi décide-t-on pour nous ? La légitimité d’une action ne l’emporte-t-elle pas sur sa légalité, qui n’est que la marque du rapport de forces à un moment donné ? Bien des pistes pour des syndicalistes révolutionnaires ancré·es dans le quotidien, aux côtés des collègues. Et bien au-delà de la seule SNCF, bien sûr…

Des travailleuses et travailleurs du rail de l’UCL

 
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