Antipatriarcat

Pologne : Église catholique : hors de nos utérus !

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Comme en 2016, les Polonaises ont dû se battre en 2018 puis en 2020 pour conserver le faible droit à l’avortement qui leur est laissé par des gouvernements réactionnaires et proches de l’Église catholique.

Le droit fondamental des femmes à l’avortement existait en Pologne. De 1955 à 1993, sous le régime communiste, il était libre et gratuit. De 1989 à 1993, les partis cathos fondamentalistes et l’Église tentèrent à plusieurs reprises de le faire interdire. Et y parvinrent presque. En janvier 1993, alors que l’Église menaçait de ne plus soutenir les réformes ultralibérales en cours, le Parlement vota l’interdiction de l’avortement. Après quelques tentatives d’améliorations vaincues par la droite catho, les femmes pâtissent définitivement depuis 1996 d’une des lois les plus restrictives d’Europe. L’IVG n’est autorisée que dans le cas d’une malformation du fœtus, d’une menace pour la vie ou pour la santé de la femme ou si un viol, dont le viol par inceste, est à l’origine de la grossesse. Quelques centaines d’avortements légaux ont lieu chaque année, essentiellement pour cause de malformation du fœtus. Les femmes n’étant pas poursuivies en cas d’IVG, celles qui en ont besoin vont massivement avorter dans les pays voisins à la législation plus favorable.

Un gouvernement réac à la solde des Évêques

Début 2018, un projet de loi libéralisant le droit à l’avortement est repoussé tandis qu’un projet l’interdisant aussi en cas de malformation est présenté. Ce dernier ne sera finalement pas voté, les député·es sentant que l’opinion publique ne les suivrait pas et craignant pour leurs postes. Mais en juin 2017, des député·es de différents partis ont interpellé le tribunal constitutionnel pour savoir si l’exception pour malformation est constitutionnelle. En octobre 2020, le tribunal a statué : l’avortement doit être interdit même en cas de malformation fœtale.

Ja tu rzadze-C’est moi qui commande. Manifestation en Pologne. 2020.

Les manifestations de femmes sont énormes, les manifestations de jeunes des deux sexes aussi, des églises sont envahies, des heurts avec l’extrême droite se produisent, le soutien international est important, l’Europe condamne, des employeurs libèrent leurs personnels pour qu’ils aillent manifester. Le gouvernement en chute dans les sondages s’en sort pour l’instant en ne publiant pas l’arrêt, en suspendant la décision, mais il ne peut pas s’y opposer. La menace reste grande.

Les femmes n’ont rien gagné, elles ont conservé un statu quo très peu favorable. Mais la force des manifestations laisse espérer la reprise de la lutte bientôt. Comme en Amérique du Sud, l’Église catholique a un énorme poids en Pologne. Comme partout dans le monde, alliée des gouvernements patriarcaux et réactionnaires, l’Église reste très préoccupée par le contrôle de la sexualité des femmes. Mais les Argentines l’ont vaincue en décembre, leur formidable combativité a ouvert une porte et les femmes des autres pays peuvent s’y engouffrer.

Le choix de mener ou non à terme une grossesse n’appartient ni au géniteur, ni aux Églises, ni aux hommes en général ou aux gouvernements en particulier, c’est le choix de la seule femme enceinte. Avortement libre, gratuit, inconditionnel partout et pour toutes.

Christine (UCL Sarthe)

Lire aussi : «  Pologne  : l’avortement un droit à reconquérir  », Alternative libertaire, novembre 2016

 
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