Alternative politique : Faire des luttes ou faire des scores ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


La question principale qui devrait se poser à la « gauche de la gauche » n’est pas : « comment faire un score électoral » ou « comment chasser Sarkozy », mais « comment bâtir des luttes collectives victorieuses ».

Dans un contexte de crise aigüe du capitalisme et de poursuite des politiques de régression sociale, les militantes et les militants de gauche au sens large s’interrogent sur la stratégie à mettre en œuvre pour construire une alternative politique globale. Ces interrogations méritent d’être débattues et non balayées d’un revers de main pour camper une position radicale qui ne créerait en définitive aucune dynamique et fermerait les portes à des dizaines de milliers de personnes avec qui les communistes libertaires partagent une même aversion contre la droite, les sociaux-libéraux et le patronat.

Le débat autour de l’alternative à gauche pose toujours la question de quelle force politique construire, mais reste malheureusement cantonné à des schémas de transformation sociale basés essentiellement sur le rapport de forces électoral.

Combien de fois entendons-nous qu’« il faut faire front pour gagner les prochaines élections et changer la donne », chacune des formations (NPA, Appel Politis, PCF...) se proposant à des degrés divers d’incarner cette démarche ? S’il est légitime de vouloir en finir avec Sarkozy, encore faut-il faire un bilan de l’échec du PS depuis les années 1980 à changer la société, histoire de ne pas reproduire les renoncements que l’on veut combattre. Mais on ne peut uniquement marquer la différence sur le programme politique car, de ce point de vue, le programme PS-PCF de 1981 n’est guère éloigné de ce que propose la gauche antilibérale ou anticapitaliste d’aujourd’hui…

Posture radicale

En réalité, la question principale qui devrait se poser est celle de la stratégie pour résister et changer de société : qu’est-ce qui peut permettre des améliorations substantielles du sort des travailleuses et des travailleurs sinon la victoire de leurs luttes collectives ? En règle générale, tout le monde tombe d’accord sur ce constat (quand il est posé). Il faut donc, en toute logique, s’attacher à l’organisation collective des salarié-e-s et des exclu-e-s du capitalisme afin qu’ils aient des outils de résistance, de solidarité et de lutte pour espérer un jour s’émanciper. Or, le problème majeur auquel nous sommes confrontés est l’extrême faiblesse des courants politiques – quels qu’ils soient – activement présents sur le terrain syndical et associatif de lutte. Au mieux, les militantes et des militants « à gauche de la gauche » agissent de manière isolée ou sont tout de suite repérés pour être notabilisés comme candidats aux élections. Au pire, chaque formation en appelle aux « luttes », à un « syndicalisme de lutte de classe », mais en reste au niveau slogandaire. On mime une posture radicale, sans se donner les moyens de mettre en œuvre ses orientations, au risque de construire une alternative purement électorale, alors qu’on prétend le contraire.

La construction d’une organisation, d’une force politique, qu’on l’appelle anticapitaliste, antilibérale ou communiste libertaire, n’a aucun intérêt si elle ne sert pas à contribuer à améliorer le niveau d’organisation et de conscience des exploité-e-s, si elle ne sert pas à accentuer et radicaliser les mouvements sociaux et insuffler ses propositions dans ce cadre-là. L’histoire de la gauche est l’histoire d’une lutte pour l’émancipation sociale et culturelle. On ne peut pas militer et construire une alternative avec des logiques de rapport de forces électoral, sans donner la priorité à l’organisation quotidienne des exploité-e-s, ce serait un non-sens. Faut-il dire aux salariés licenciés ou précarisés, qu’ils doivent attendre 2012 pour que les anticapitalistes fassent 15 %, puis 2017 pour faire 25 % ?

Ermon (AL Lorient)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut