Italie : Tsunami contre Berlusconi

Version imprimable de cet article Version imprimable


Un mouvement social secoue l’Italie. On le compare, pour son ampleur et sa radicalité, au mouvement anti-CPE de 2006 en France. Un mouvement qui, vu le discrédit de la social-démocratie brille par son autonomie, sa radicalité et sa créativité.

L’Italie est secouée depuis plusieurs semaines par un puissant mouvement social dont la postérité est assurée par le nom qu’ici on lui donne déjà familièrement : la Onda, « la vague ». Certaines et certains parlent même carrément de « tsunami ». Il ne s’agit pas d’une grève généralisée, mais de nombreuses grèves et mouvements – essentiellement à Alitalia et dans l’Éducation – pas vraiment isolés, pas vraiment mélangés non plus, mais dont la concomitance crée un climat social électrique. Le 17 octobre, une manifestation monstre d’un million de personnes a fédéré contre Berlusconi les étudiantes et les étudiants, les gaziers, les cheminots, les infirmières, les parents d’élèves, les salarié-e-s de certaines grosses entreprises privées, etc.

Les causes de la colère populaire sont nombreuses dans la péninsule. Premier domaine concerné : l’éducation ! Imaginez les réformes de l’éducation réalisées en France depuis 2002, de la maternelle à l’enseignement supérieur, condensez le tout, secouez très fort dans un climat de droite décomplexée et vous obtenez la « loi n°133 ». Un « dégraissage de mammouth » [C’est ainsi que le ministre socialiste Claude Allègre avait présenté son programme de suppression de postes dans l’Éducation nationale en 1998.]][ de 8 milliards d’euros d’ici 2012, soit 20 % du budget de l’éducation. Il devrait y avoir 87 000 postes enseignants supprimés, et 44 500 non enseignants rien que dans les écoles primaires.

Comparaisons avec le CPE français

Autres motifs de colère : le bradage traumatisant de la compagnie aérienne nationale Alitalia et la situation sociale qui se dégrade un peu partout pour les travailleuses et les travailleurs. Mille trois cents d’entre eux meurent au travail chaque année, dont 20 %, bossant au noir, ne sont pas reconnus. Pendant ce temps le gouvernement déploie la police pour lutter contre « l’insécurité », et l’armée officiellement envoyée à Naples pour régler le problème des ordures en profite pour casser les grèves.

Chaque personne, italienne ou étrangère, salariée régulière ou non, a donc une bonne raison de se mobiliser aux côtés de la jeunesse. Ici, beaucoup parlent de la mobilisation française de 2006 dite « contre le CPE ». En réalité, hormis l’ambiance combative, il y a peu de points communs. Il n’y a pas vraiment de tentatives de blocage, mais le surgissement de nombreux « cercles de réflexion » sur ce que devrait être l’Université et le monde en général, appuyés par beaucoup de profs et par les salarié-e-s qui pensent à l’avenir de leurs enfants.

Dépolitisée, la jeunesse ?

Les étudiantes et les lycéens multiplient les actions dans la rue et les cours alternatifs ouverts à tous afin de populariser la mobilisation, animée à Rome par de nombreux collectifs de lutte. On y retrouve toutes les tendances : anarchistes, communistes libertaires, communistes, trotskistes ou socialistes. Dans La Repubblica, le journaliste Curzio Maltese a curieusement écrit que les jeunes grévistes « ne s’intéressent pas à la politique, et pas davantage à l’antipolitique ». Sans doute pense-t-il que l’abstentionnisme des 20-30 ans, qui a doublé depuis 1996, pour atteindre 18 % en 2008, est le signe d’une dépolitisation alors qu’il saute aux yeux qu’il correspond à la désillusion face à un système politique-médiacratique discrédité. Les « socialistes » du Parti démocratique ont du mal à récupérer le mouvement et se croient malins en demandant un référendum pour l’abrogation de la loi, alors que le référendum est déjà là : dans la rue ! Les grandes confédérations CGIL et CISL appellent à la mobilisation, mais restent timorés face à une perspective de grève générale qui les dépasserait.

Cependant, la convergence des luttes à la base est déjà efficiente dans l’éducation, tandis que nombre de salarié-e-s, du privé comme du public, se joignent au « tsunami » pour renverser Berlusconi. La question est maintenant de savoir si, après un mois de lutte acharnée, le conflit peut continuer à s’étendre et paralyser le pays tout en gardant son indépendance.

Benjamin (AL Nantes), depuis Rome

 
☰ Accès rapide
Retour en haut