Classiques de la subversion : Jewinson, « Rollerball »

Version imprimable de cet article Version imprimable


Une fois n’est pas coutume, le classique de la subversion de ce mois-ci sera un film : Rollerball. Sorti en 1975, et réalisé par Norman Jewison, ce film est une brillante critique du sport-business et de la société de consommation qui n’a rien à voir avec son médiocre remake de 2001.

L’action se situe en 2018. Les États-nations ont disparu. Ce sont désormais les multinationales qui se sont partagées les ressources mondiales et la gouvernance planétaire. Ainsi, c’est la corporation de l’énergie qui contrôle la ville de Houston, siège de l’action du film. Les livres et l’accès à la culture n’existent plus. Les masses sont abruties par un sport ultraviolent, le rollerball. Les joueurs, à roller et à moto, s’affrontent pour pouvoir placer une balle de métal dans un panier. Néanmoins, l’objectif du jeu n’est pas tant de marquer que de blesser son adversaire, voire le tuer, ce qui passionne mondialement les téléspectateurs. Jonathan E., capitaine de l’équipe de Houston, est le champion incontesté de ce sport barbare. Au début du film, la corporation lui ordonne de prendre sa retraite. En effet, pour la classe dominante, le rollerball est une allégorie de la société. Son objectif est de montrer qu’il ne sert à rien de lutter et que les individus ne peuvent rien contre les règles du jeu. Un champion qui gagne trop souvent fausse le jeu. Le reste du film est l’histoire de la révolte de Jonathan E. contre la contrainte totalitaire de la multinationale de l’énergie. Le film se finit sur la victoire nihiliste de Jonathan E. sur celle-ci.

Ce film a sa place dans les classiques de la subversion car il présente une critique acerbe des sports de masse à la télévision, et plus largement de l’aliénation, faisant directement référence au football américain. Dans la même veine, on peut citer la réplique d’un animateur qui, lorsqu’il y a un mort en direct, déclare aux autorités qui menacent de couper son émission : « l’économie est à bout de souffle, l’environnement est ravagé, vous préférez quoi ? Que le peuple regarde mon émission ou qu’il tienne des piquets de grève ? ». De plus, le lien entre distraction ultraviolente, totalitarisme capitaliste et endormissement des masses est particulièrement bien décrit. Cette dystopie qui dresse un portrait au vitriol de la société de consommation et de la télévision reste d’actualité aujourd’hui. Un des classiques du film subversif des années 70 à voir d’urgence.

Matthijs (AL Montpellier)

Rollerball, réalisé par Norman Jewison, avec James Caan, John Houseman, 02h05 min, 1975.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut