Nucléaire : sabotons la ligne THT !

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Plus de 10 000 personnes se trouvent aujourd’hui menacées par l’implantation d’une ligne très haute tension en Normandie. Récit d’une lutte par un militant de l’assemblée générale de Chefresne constituée en janvier à la suite des blocages de convois radioactifs à Valogne.

Après sept ans d’opposition populaire, le début du chantier de la ligne Cotentin-Maine en décembre 2011 a confirmé l’intuition de celles et ceux qui, en désespoir de cause, s’étaient résignés à l’arrivée des pylônes depuis une bonne année. Mais ces premiers coups de pelleteuses résonnent aussi comme la confirmation, pour qui refuserait de s’avouer vaincu, que l’heure de l’action directe a sonné. C’est maintenant la seule réponse militante qui puisse encore être apportée. Qu’est-ce donc qu’une ligne très haute tension (THT) ? Si on en croit le Réseau de transport d’électricité (RTE), EDF et compagnie, c’est le meilleur moyen de transporter de l’électricité sur de grandes distances… C’est-à-dire avec des pertes énergétiques, et surtout financières, moindres. La THT génère en effet moins de déperdition électrique au kilomètre que des lignes classiques et permet donc de transporter de plus grandes quantités d’électrons pour une même infrastructure. A y regarder de plus près, la THT est donc une des conséquences symptomatiques de la centralisation excessive de la production électrique symbolisée en France par les centrales nucléaires. C’est surtout la possibilité de mettre en place un hypermarché spéculatif euro-méditerranéen de l’électricité, une énergie difficile à stocker, tout comme les autoroutes internationales sont nécessaires pour l’acheminement rapide et efficace de produits vivriers, cultivés sur un modèle intensif, au profit des entreprises du secteur agroalimentaire.

[*Maisons et riverians à moins de 100 mètres*]

L’impact d’une ligne THT est, pour les riverains, d’une part visuel et d’autre part sanitaire avec également des incidences négatives sur la valeur foncière des habitations concernées. Si ces derniers aspects sont non négligeable et implicitement reconnus par RTE qui rachète les maisons à moins de 100 mètres de la ligne THT, ce n’est pas seulement contre eux que se structure la résistance qui va au-delà de la simple préservation des acquis. Comme le rappelle l’appel du 4 mars 2012 de cette assemblée, le réseau THT est intimement lié à la production nucléaire et assumé comme tel par EDF qui avait justifié la construction de cette ligne THT par l’EPR en projet. Ces lignes THT et la centralisation de la production électrique dont elles sont la résultante offrent une autre lecture possible qui est bien de faire de l’électricité un marché spéculatif international en se donnant les moyens d’un réseau international de distribution. On est bien loin du souci affiché par EDF de sécuriser la distribution en France et notamment dans l’Ouest. C’est donc aussi contre la démence productiviste et le règne de l’économie que nous rentrons en résistance. Les lignes existantes avaient déjà suscité quelques émois lors de leur construction dans les années 1980 mais les combats contre le nucléaire étaient alors principalement portés dans la région de Flamanville, sur le site de la future centrale, ou déjà contre les transports de déchets nucléaires pour extraction du plutonium à la Hague. En revanche, les problèmes sanitaires (trouble du sommeil, acouphènes, vertiges, nausées, etc.) ressentis le long des lignes existantes par les riveraines et riverains, sans parler des problèmes rencontrés par de nombreux exploitants agricoles avec leur cheptel, ont été à l’origine d’une mobilisation large et populaire qui a largement dépassé le cadre des militants et militantes antinucléaires aguerris. C’est ce qui s’est passé lors de l’annonce de la construction de cette nouvelle ligne THT avec des manifestations de plusieurs milliers de personnes, telle celle à Mortain le 31 janvier 2009.

[*Raviver la flamme de la lutte*]

L’affinement du projet, la longueur des délais, l’argent mis sur la table par RTE pour « accompagner » le projet, la reprise en main de la lutte par des représentants et représentantes élus (maires, conseillers généraux et régionaux) ont ensuite fortement contribué à effriter les forces vives que rassemblaient alors de nombreuses associations locales fédérées au niveau départemental et qui se coordonnaient sur l’ensemble du tracé et via Stop-THT [1], que ce soit pour mobiliser, agir ou attaquer en justice le projet de ligne THT en lien avec la lutte contre l’EPR. La coordination Stop-THT existe toujours, mais elle n’a plus aujourd’hui la capacité ni l’énergie de relancer la lutte, alors que les chantiers ont débuté : 20 % des travaux ont réellement été effectués selon RTE au 3 mai 2012, au bout de cinq mois d’un chantier censé en compter douze... Malgré tout, une partie des militantes et militants, riverains, associatifs ou autres n’est pas résignée. En témoignent les différents déboires dont seraient victimes les entreprises exerçant sur les chantiers : machines ayant des « soucis », déboulonnages, problèmes d’accès aux dépôts, blocage de chantier, sciage de cornières de pylônes et de fondations… De même, la constance des forces en présence lors des différentes assemblées du Chefresne et la volonté de mettre en place un week-end de résistance à la ligne THT les 22, 23 et 24 juin [2] permettent de renforcer la lutte actuelle.

[*Pour une sortie immédiate du nucléaire*]

Au sein de l’assemblée, les participantes et participants à la lutte n’affichent pas d’étiquette politique. Ils viennent d’horizons très divers : organisations antinucléaires, associations anti-THT, mouvements alternatifs et anticapitalistes, partis politiques et syndicats… et principalement des 4 départements – Manche, Calvados, Ille-et-Vilaine, Mayenne – touchés par la ligne, mais pas seulement. Parmi toutes ces personnes, une partie a participé au camp de Valognes en novembre 2011, lequel a insufflé un nouvel élan à cette lutte juste au moment où bulldozers et pelleteuses commençaient à investir les champs. Nous sommes unis par le refus des constructions et projets inutiles, néfastes et dépossédants – EPR, THT, aéroports, centrale à gaz, lignes TGV – par le refus d’une dictature de l’État et de ses entreprises : RTE, EDF, Aréva, Vinci. Nous nous opposons au déni de justice imposé par l’argent et les appuis politiques de ces entreprises. Nous travaillons à nous réapproprier le territoire, notre cadre de vie par des actions de terrain, en prenant soin d’agir sans violence à l’encontre des personnes, et en tentant de partager idées et expériences avec différents groupes vivant des luttes similaires : Notre-Dame-des-Landes, Val Susa… Outre la ligne THT, la lutte antinucléaire est au cœur de notre action, par laquelle nous poussons avec force vers une sortie totale et immédiate. A commencer par l’arrêt de la construction de la THT Cotentin-Maine et de son EPR, tout en ayant conscience que c’est une lutte de longue haleine. Nous nous organisons lors des assemblées qui sont ouvertes à toutes les bonnes volontés avec un fonctionnement horizontal.

Un militant de l’assemblée générale de Chefresne

 
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