Indépendantisme catalan : débats et polémiques chez les anarcho-syndicalistes

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La question de l’indépendance de la catalogne soulève de vifs débats au sein des syndicats libertaires. C’est le cas de l’anarcho-syndicaliste CGT qui compte 60000 adhérent·es dont près du tiers en Catalogne.

Dans une interview de 2017, Thomas Lanssens livrait la position du syndicat à son niveau « estatal » [fédéral/espagnol NDLR] : « Nous sommes pour l’autodétermination des peuples, même s’il est vrai que le référendum n’offre pas toutes les garanties nécessaires. La CGT n’a pas de position définie vis à vis de l’indépendance parce que son objectif, comme syndicat, est la défense des droits de tous les travailleurs. […] Nous ne soutenons pas le gouvernement catalan contre celui de Madrid. » [1].

En Catalogne, au sein de la CGT, nous avons pu observer différents positionnements qui semblent en partie conditionnés par les milieux sociaux et culturels dont sont originaires les militant·es. Si toutes et tous s’accordent à défendre le droit à l’auto­détermination des peuples et condamnent la répression qui s’abat sur les indépendantistes, certain·es ne trouvent pas justifiée l’énergie militante consacrée au mouvement.

Indépendantisme et régression sociale

A Sabadell, ville ouvrière de la banlieue nord de Barcelone on compte 600 adhérent·es cégétistes, et la centrale rouge et noir est présente dans des secteurs très précaires : nettoyage, soins à domicile, etc. Dans les quartiers périphériques de Sabadell, où l’immigration intérieure espagnole comme extérieure est importante, l’indépendantisme catalan ne semble pas être une préoccupation populaire. Ainsi, un militant de la CGT de Sabadell nous livre sa position.

Pour lui, la réticence par rapport à la question indépendantiste est nettement majoritaire à Barcelone et dans sa banlieue ; le rapport est inversé dans le reste de la Catalogne. Mobiliser et appeler à la grève sur les questions indépendantistes éloigne, selon lui, les ouvrières et les ouvriers de la question sociale.

Par exemple, la lutte contre la loi Aragonès [2] de privatisation des services publics passe au second plan derrière les événements du mois d’octobre.

Il met en avant le fait que défendre les personnalités politiques catalanes exilées et emprisonnées lui apparaît inconsistant car celles-ci ont pour la plupart mis en œuvre durant des années des politiques libérales, répressives et antisociales. Enfin, la question catalane est devenue tellement clivante au sein de la société qu’elle complique l’unité des salarié·es dans les entreprises face au patronat.

Au niveau de la CGT Catalogne (où les syndicats de l’ensemble de la Catalogne sont fédérés), le positionnement du syndicat est davantage au renforcement du mouvement d’indépendance au sein duquel les militant·es anarcho-syndicalistes promeuvent des idées autogestionnaires en s’appuyant sur les aspirations et les pratiques du peuple catalan en lutte.

Certain·es partent du principe qu’il est d’abord utile de s’unir contre la répression d’un État espagnol aux relents franquistes, quitte à devoir se battre par la suite contre un État catalan indépendant. Deux positions qui ont leur logique et leur pertinence mais laissent malheureusement craindre de profonds déchirements au sein de la CGT tant au niveau catalan que fédéral.

Medrik (UCL Montpellier)

[1« Référendum et répression en Catalogne : La CGT appelle à la grève générale », 1er octobre 2017, sur Rapportsdeforce.fr.

[2Pere Aragonès, vice-president du gouvernement catalan, ministre de l’Économie, vice-président du groupe politique Gauche républicaine de Catalogne après Oriol Junqueras.

 
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