Dette publique - What’s up chez l’Oncle Sam ?

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Le 2 août dernier, les États-Unis ont frôlé le défaut de paiement. En cause : le refus des républicains, majoritaires dans une des chambres du parlement, de voter un relèvement du plafond de la dette, nécessaire pour pouvoir emprunter et... payer les créancier.

Un accord politique a finalement été trouvé cet été, dans la partie de poker qui opposait démocrates et républicains concernant la dette publique étasunienne. L’accord prévoit une première vague de coupes budgétaires de 1 500 milliards de dollars, à répartir entre le budget de la santé et celui de la défense. Si le détail n’en est pas encore connu lorsque nous écrivons ces lignes, nous pouvons déjà anticiper leur contenu.

Tout porte à croire que ce qui va le plus subir d’attaques, ce sont les budgets sociaux : Medicare et Medicaid. Medicare est le nom donné au système d’assurance-santé géré par le gouvernement fédéral au bénéfice des personnes de plus de 65 ans. Medicaid est un système d’assurance-maladie, créé en 1965, géré par les États et le gouvernement fédéral, pour apporter une aide aux personnes et familles ayant de très faibles ressources. Or, plus de 10 % des Etasuniens ne sont plus à jour de leurs échéances de crédit – contre moins de 5 % avant 2008 – et plus de 200 000 nouvelles procédures d’expulsions de logement ont lieu chaque mois : tous les ingrédients de l’explosion sociale sont réunis.

Pour comprendre comment les États-Unis en sont arrivés là, il faut remonter aux années 1970 : le taux de profit plonge, les luttes ouvrières se multiplient dans le monde, il est temps pour le capital de contre-attaquer. Ce sera la restructuration, une contre-révolution capitaliste, une vaste offensive contre les salaires. La nouvelle donne, c’est travailler plus – plus intensément, plus longtemps – pour être payé moins – moins de paye directe a la fin du mois, mais surtout moins de prestations sociales : retraites, santé chômage, etc. Le prolétariat étasunien va en souffrir particulièrement.

Mais, si les capitalistes produisent à bas coûts, il leur faut tout de même écouler leurs stocks : avec quel argent les prolétaires des pays du centre du capital – qui sont et restent le principal marché – vont-ils acheter ces biens, s’ils gagnent moins ? En s’endettant, tout simplement !

C’est la solution magique, en fait : les États imposent moins le capital, lui permettant d’accumuler plus. Les prolétaires, quoique moins bien payés, consomment. Et la dette des « particuliers » comme celle des États explose.

Le Quantitative Easing

En 2008, après la crise des subprimes, de nombreuses très grosses banques étasuniennes se sont retrouvées avec des dettes auxquelles elles ne pouvaient faire face. C’est la banque fédérale étasunienne qui a alors racheté ces dettes, à travers le lancement d’un Quantitative Easing (QE, assouplissement quantitatif). Et avec quoi les a-t-elle payées ? Avec des dollars tout frais sortis de l’imprimerie ! Pour 1 400 milliards de dollars… Deux ans plus tard, face a la nécessité de maintenir très bas les taux d’intérêts de la dette, la Fed a lancé un QE II. Cette fois en faisant tourner sa planche à billets, elle rachetait la dette du Trésor étasunien. En langage d’économiste, elle monétise la dette.

Elle augmente l’inflation, c’est-à-dire que, vu qu’il y a plus de monnaie en circulation, cette monnaie « vaut » moins, et qu’une quantité égale de monnaie permet d’acheter moins de choses... La Fed fait un pari risqué : une légère dévaluation de la monnaie permet d’exporter plus. Mais si l’inflation est trop importante, les gens risquent de ne plus pouvoir acheter de quoi vivre, puisque les salaires n’augmentent pas. De manière pudique c’est ce qu’on appelle « exacerber les tensions sociales ».

Deuxième souci, si l’emprunt étasunien à dix ans se maintient à un très faible taux d’intérêt, grâce à ce tour de passe passe, ça ne va pas durer : désormais la Fed a arrêté de faire tourner la planche à billet, et la situation risque fort de se gripper... Jusqu’au 30 juin dernier de 70 a 90 % des bons du Trésor étaient achetés par la Fed. Qui achètera des bons du trésor a des taux d’intérêt si faible, alors même que pour la première fois depuis leur création, les agences de notation ont décidé de baisser la note des États-Unis ? Le marché des obligations étasunien risque donc le krach.

Déjà, les principaux fonds d’investissements (comme PIMCO) l’anticipent, et appellent à cesser d’acheter des obligations étasuniennes. Les conséquences ? Une forte augmentation des taux d’intérêt, ce qui, vu la dette nationale, risque de précipiter la déstabilisation du dollar et la spirale de l’inflation. Le budget, malgré les coupes massives que les républicrates mettent en place, verra son déficit filer. Comme en Grèce…

Ou alors, il y a la possibilité d’un QE III. Mais ce serait reculer pour mieux sauter. Si la planche à billets est relancée une fois de plus, les risques sur le dollar et sur l’inflation seront démultipliés, sans parler de ce qui se passera quand ce QE arrivera a échéance… Le krach, tout simplement, avec encore plus de certitude. C’est en réalité un cercle vicieux qui s’amorce : les réactions capitalistes à la crise ne font que l’aggraver. jusqu’à l’affrontement direct avec le prolétariat.

L’endettement étatique

L’État a un budget, divisé en dépenses et recettes. S’il y a moins de recettes que de dépenses, il est en déficit. Pour fonctionner, il doit s’endetter, en échange de bons du trésor et de reconnaissances de dettes. Les prêteurs perçoivent des intérêts, plus ou moins élevés. Plus le prêt est a long terme, plus le risque est important. Pour les États-Unis, le risque que l’État n’honore pas ses dettes est jugé très faible. Prêter a l’oncle Sam est donc censé être un placement sûr, par conséquent peu rémunérateur par rapport a d’autres (2 % d’intérêt pour un prêt sur 10 ans, à la mi-août ). Voilà pourquoi l’État américain a pu s’endetter à ce point : il n’avait aucun mal a trouver des gens pour lui prêter, contre peu d’intérêts.

Le dollar et le rapport Chine / États-Unis

Les États-Unis et la Chine sont très liés : la Chine exporte énormément, en particulier aux États-Unis, et pour continuer à le faire au plus bas coût possible, pousse au maximum à une surévaluation du dollar. Plus la monnaie d’un pays est haute, plus on peut acheter de biens grâce à cette monnaie, et plus les biens produits par les capitalistes seront vendus à un prix élevé. Cela favorise les importations. Par exemple, avec 5 euros, on peut acheter un jean au Bangladesh. Mais un jean fabriqué en France ne sera jamais vendu à des salarié-e-s du Bangladesh...

Donc, pour maintenir le dollar a flot, la Chine en stocke des quantités énormes : elle détient pour plus de 3 000 milliards de dollars. Les États-Unis ont beau jeu de crier a la concurrence déloyale. Normal, disent ils, que la Chine se gave, puisqu’elle maintient le cours du dollar.

Mais c’est sur ce deal qu’a tenu l’économie mondiale ces dernières décennies : la Chine produit à bas coup ce que les Américains achètent grâce à leur dollars fort, alors que les salaires des travailleurs et des travailleuses baissent et qu’ils s’endettent...

Nico (AL Marseille)

 
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