Tuerie en Norvège : L’extrême droite passe à la pratique

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Le massacre perpétré à Oslo le 22 juillet dernier par le militant d’extrême droite norvégien Anders Breivik vient rappeler que la barbarie et les massacres de masse sont au cœur du projet fasciste et la violence le moyen d’expression privilégié du racisme.

C’est bien au nom du rejet des étrangers, de l’islam et du multiculturalisme qu’Anders Breivik a éliminé plusieurs dizaines de jeunes militants sociaux-démocrates norvégiens tenus pour responsables de ces « maux ». Si bon nombre de médias lui accolent facilement l’étiquette de « loup solitaire », il s’avère particulièrement bien inséré dans la « fachosphère », la nébuleuse d’extrême droite qui diffuse des écrits racistes sur Internet. Il a ainsi envoyé quelques heures avant l’attentat son manifeste « 2083 – Une déclaration d’indépendance européenne » à plus de mille personnes, dont plusieurs Français.

Même si Anders Breivik ne se rattache à aucune organisation structurée, le massacre d’Oslo vient rallonger la longue liste d’attentats et de meurtres commis par l’extrême droite depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’attentat perpétré à la gare de Bologne en Italie le 2 août 1980 est l’un des plus meurtriers commis en Europe avec quatre-vingt-cinq morts et plus de deux cents blessés. Il impliquait des militants néofascistes italiens, des membres de la loge maçonnique P2 et des officiers des services secrets italiens dans le cadre de la stratégie de la tension menée par l’appareil d’État pour contrer les luttes sociales et la gauche révolutionnaire.

En France, au cours des années 1980 et 1990 des militants et des groupes d’extrême droite seront également impliqués dans des attentats et de nombreuses attaques parfois meurtrières, notamment contre des personnes d’origine immigrée ou étrangères. L’une des caractéristiques essentielles de ces actes est l’immense lâcheté dont font preuve leurs auteurs alors que les fascistes se gargarisent d’esprit chevaleresque et de code de l’honneur.

Ainsi en 1990 un jeune mauricien, James Dindoyal, décède après avoir été agressé au Havre par des skinheads nazis (alors proches de Serge Ayoub, alias « Batskin », aujourd’hui patron du bar Le Local, à Paris) qui le forcent à boire de la bière mélangée à des produits toxiques. Le 1er mai 1995, c’est un jeune Marocain, Brahim Bouarram, qui meurt noyé après avoir été jeté dans la Seine par des manifestants aux abords du défilé du Front national.

Les masques tombent

Aujourd’hui encore des violences sont perpétrées par des militants d’extrême droite, notamment à Lyon avec des agressions régulières, qui ont culminé récemment dans l’horreur avec l’agression odieuse d’une militante antifasciste. Le massacre de Norvège a fait couler beaucoup d’encre sur les sites internet d’extrême droite mettant dans l’embarras ceux qui, comme Marine Le Pen ou encore la direction du Bloc identitaire, tentent un tournant vers la respectabilité.

Car derrière les condamnations des structures officielles, les écrits glorifiant Anders Breivik, héro et martyr de l’extrême droite, fleurissent sur la toile. Bien au-delà des propos des simples militants anonymes, les déclarations de Jean-Marie Le Pen estimant que « l’immigration massive » est un péril plus grave que la tuerie d’Oslo, contraignent le Front national à jouer sur deux tableaux. Si Marine Le Pen n’a pas contredit son père, elle a en revanche désavoué Laurent Ozon, un cadre du parti auteur d’une analyse similaire qui vient en conséquence de démissionner.

Pour le courant identitaire aussi la volonté cosmétique de « dénazification » et de respectabilité se heurte durement au réel. Le slogan « 0 % racisme, 100 % identité » affiché sur le site du Projet apache – les identitaires « parisiens » – n’a sûrement pas dû être tout à fait compris un peu plus au sud de la France puisque qu’Olivier Roudier, cadre de Ligue du Midi-Bloc identitaire est incarcéré à Montpellier pour des saluts nazis et des insultes racistes proférées, notamment à l’encontre d’un gendarme, le 6 août dernier lors d’une fête de village. Lors de la « fameuse » Marche des cochons organisée à Lyon par les Identitaires le 14 mai, des manifestants issus de ses rangs s’étaient livrés à des violences contre des passants et des restaurants de kebabs.

Après la tuerie d’Oslo, la mouvance violente d’extrême droite a peut-être un peu plus de soucis à se faire qu’à l’accoutumée car des actes meurtriers et destructeurs contre des populations ou des mosquées sont sérieusement envisageables en France. La surveillance des autorités va probablement s’accroître sur les sites, les forums et les réseaux sociaux où pullulent des appels à la haine, aux pogroms et aux meurtres d’immigrés et de musulmans ainsi que des revendications d’actes violents, pouvant entraîner l’arrestation de « loups solitaires » ou de groupes violents structurés. *

Pour nous, qui combattons le fascisme chaque jour, il ne peut y avoir d’antifascismeconséquent dans les mains de l’Etat et de sa police.

Hector Picaud (AL Paris Sud)

 
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