Le Monopoly : jeu pro-capitaliste ?

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Créé en 1931 pendant la grande dépression par Charles Darrow, le Monopoly est considéré comme le symbole même du jeu récréant au travers de règles simples les mécanismes du capitalisme basés sur l’entreprise personnelle, l’investissement et l’audace. A partir d’achats fonciers, des joueurs font fructifier un capital de départ pour s’enrichir au détriment des autres.

Pourtant, le Monopoly contient dans ses règles plusieurs mécanismes allant contre cette première lecture. Plus rentiers que véritables entrepreneurs, les joueurs sont presque systématiquement contraints à l’acte d’achat afin de constituer des monopoles (fort peu concurrentiels) sur des quartiers pour pouvoir faire prospérer leur affaire. Mais ils le font sans réelle stratégie puisque les possibilités d’achats sont réglées soit par le hasard soit par des échanges avec les autres joueurs qui n’y ont pas vraiment intérêt. Cette phase d’achat/échange est suivie d’une autre qui voit les adversaires tenter d’organiser une pénurie de logements mais là encore sans garanties de retour sur investissements puisque personne ne contrôle ni l’état du marché ni le passage des joueurs dans ses quartiers. Il n’est pas non plus possible de casser les monopoles établi en s’installant sur des cases occupées. Chacun doit donc s’efforcer de progresser mais sans émerger. Éviter les terrains adverses en sortant sept aux dés finit par envoyer sur des cases payantes. Reste la prison, apparente sanction d’un joueur ayant sorti trois doubles mais où l’on continue en réalité de toucher ses loyers et dont on peut sortir en payant à sa guise.

Comportement moutonnier, organisation de la pénurie, capacité prévisionnelle quasi nulle et absence de stratégies sont autant de caractéristiques qui sont présentes intrinsèquement dans le jeu. Loin de représenter un capitalisme d’Épinal, le jeu de Charles Darrow est au contraire un apprentissage glaçant des injustices du libéralisme. On comprend pourquoi tant de parties de notre enfance ont fini en pugilat.

Nico (AL Paris Nord-Est)

Charles Darrow, Monopoly, éditions Hasbro, 2011, 40 euros

 
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