Syndicalisme

La Poste : des vues sur le marché de la santé pour 2030

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C’est toujours la folie des grandeurs à la direction de la Poste, qui vise à présent le marché de la santé et de la dépendance. Et comme ça se fait en écrasant les salarié·es, une première grève, le 18 mai, a révélé que le feu couve sous les braises.

En pleine crise du Covid-19, le ­groupe La Poste et ses actionnaires (la Caisse des dépôts et l’État) ont décidé de changer le paradigme de l’entreprise avec le «  plan stratégique 2030 » : au revoir le service public, déjà bien loin après quarante ans de privatisation rampante, bienvenue dans une multinationale classique intéressée par le seul profit. Car c’est bien le projet qui se dessine derrière la novlangue libérale, à coups de hashtags et de digitalisation.

Tous les services de la Poste sont concernés : abandon de la livraison du courrier à J + 1, fermeture de ­centaines de bureaux de poste, une banque comme les autres qui veut virer les plus pauvres, etc.

Nouvelle lubie du patron, Philippe Wahl : le marché de la santé et de la dépendance. Cyniquement, ce dernier se place en rempart face aux Gafam, alors que l’entrée de la Poste sur ce secteur est une attaque contre le ­système de santé publique : la population va encore payer pour des ­services de plus en plus chers et de moins en moins remboursés.

C’est par la base que la colère s’est concrétisée

Bien que 40 % des postières et postiers soient fonctionnaires, ils et elles n’ont eu aucune revalorisation de leur salaire de base depuis plus de dix ans. Quant à celui des salarié·es de droit privé, durant la même période, il a augmenté d’à peine 15 euros, alors que des dizaines de milliers d’emplois étaient détruits. La vague de suicides n’a pas servi de leçon, et les conditions de travail se sont dégradées. La cerise sur le gâteau : un intéressement à zéro, basé sur des tours de passe-passe comptables pour ne rien verser alors que les cadres donneurs d’ordre se partageront, eux, une part du gâteau pouvant atteindre des dizaines de milliers d’euros.

Il n’est donc pas étonnant que les postières et postiers aient crié basta. Et c’est par la base que la colère s’est concrétisée. Des intersyndicales se sont montées, y compris avec la CFDT, dans certaines régions comme en Bretagne. Car si les syndicats départementaux ont senti monter la colère, l’intersyndicale nationale a plus que peiné à donner un semblant d’impulsion, malgré une volonté de maintenir l’unité. SUD-PTT a lancé rapidement un appel national à la grève le 18 mai, repris ensuite par la CGT-PTT.

La journée du 18 mai a été assez suivie pour met­tre en lumière la conflictualité sociale à la Poste. Elle ouvre ainsi des perspectives de mobilisation dès le mois de juin, à condition que la prochaine date soit bien construite en amont, sur les lieux de travail, auprès des collègues. C’est un appel à la grève que l’on n’avait pas vu depuis longtemps et le syndicalisme de lutte ne doit pas rater cette occasion, notamment les militantes et militants révolutionnaires qui travaillent à la Poste. Car c’est sur ces bases que nous pourrons imaginer et forger une poste socialisée au service de la population.

Hugo (UCL Orléans)

 
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