Antipatriarcat

PMA pour toutes : nous devons pouvoir choisir et non mendier

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Au mois d’avril, dans plusieurs grandes villes de France, les lesbiennes et leurs allié·es ont marché pour le droit à la PMA et la liberté pour toutes à disposer de son corps et d’accéder à la parentalité. À Paris, 10 000 personnes ont défilé, annonçant la première manifestation de masse des lesbiennes et de leurs soutiens.

Depuis 2012, les mobilisations en faveur de la PMA pour toutes n’ont pas faibli. Le pouvoir s’est assis sur ses promesses  : en février dernier, le Sénat a réduit et rejeté les mesures en faveur de la PMA pour Toutes contenues dans la loi bioéthique. Depuis dix ans, de nombreuses femmes et personnes trans attendent. L’enjeu de l’accès à la PMA pour les couples de femmes, personnes trans et pour les femmes seules est autant une question d’égalité qu’un enjeu politique de déconstruction de la famille traditionnelle.

En restreignant ce droit, l’État garantit l’existence de la famille hétérosexuelle, pierre angulaire du patriarcat indispensable à la survie du capitalisme. Chaque année, plusieurs milliers de femmes sont contraintes de se rendre dans d’autres pays pour accéder à la PMA, dépensant plusieurs milliers d’euros. Pour celles qui n’en ont pas les moyens, c’est la résignation ou la PMA artisanale, rendue illégale par l’État patriarcal. Les femmes qui la pratiquent encourent jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, galères et faible accès aux soins.

Pour abolir l’hétéropatriarcat, il faut en abolir ses privilèges. La lutte pour la PMA est une question de justice et une question de classe. La discrimination de l’accès aux lesbiennes, aux femmes célibataires et aux personnes trans, constitue autant une mesure hétérosexiste, qu’une caricature de la domination masculine.

Sans homme impliqué, refus du droit de procréer

La restriction au droit de procréation est une mesure nationaliste. Elle formule une identité fantasmée  : « Être français·e » c’est être blanc·he, hétérosexuel·le, de culture chrétienne. Les minorités, notamment sexuelles, en sont exclues, violentées voire suspectées (le prétendu «  complot LGBT  »). On retrouve la même logique dans l’oppression des minorités racisées.

La montée de l’extrême-droite et des thèmes réactionnaires laisse place à une flambée des LGBTIphobies et de leurs agressions. Le 24 avril à Lyon, 80 fascistes ont attaqué la Dyke’s march rassemblée pour le droit à la PMA. Cette attaque est l’un des multiples passages à l’acte de l’idéologie homophobe, marche-pied du nationalisme et du fascisme.

L’épisode sans fin de la Manif pour tous, nous en donne un vif aperçu et pèse sur le recul du pouvoir concernant l’adoption de la loi. Le confusionnisme guette les débats sur la PMA, entre amalgame avec la gestation pour autrui (GPA), critiques technophobes, assimilation à la marchandisation du corps, au transhumanisme ou à l’eugénisme. Ces courants nient les inégalités de droits que constitue l’accès à la PMA pour les personnes hétérosexuelles et leurs refus pour les lesbiennes.

Que l’on veuille ou non des enfants, nous devons pouvoir choisir et non mendier. Un front large de mobilisation en faveur de la PMA pour Toutes reste à construire. Nous tiendrons tête car c’est dans la lutte des opprimées que résident nos espoirs.

Louise (UCL Saint-Denis)

 
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