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Lire : Bouchet et Samzun, « Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865) »

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Le vocable du titre de ce livre est fort pertinent tout comme la démarche d’études des écritures de Joseph Déjacque. Narrer la vie de ce dernier en fouillant dans ses écritures était sûrement la meilleure optique.

Le vocable du titre de ce livre est fort pertinent tout comme la démarche d’études des écritures de Joseph Déjacque. Narrer la vie de ce dernier en fouillant dans ses écritures était sûrement la meilleure optique. Mutualiser, croiser les regards des auteurs et autrices permettait d’approfondir sans alourdir, tout en respectant l’empreinte libertaire. Ce n’est pas à une biographie linéaire que nous sommes invité·es mais à un, que dis-je, à des voyages en compagnie des pérégrinations de Déjacque. La narration linéaire aurait sied mal à l’œuvre de Déjacque. Rien n’est acquis, établi définitivement. Son écriture, ses pensées sont à l’image de sa vie : homme de son temps, à la plume acerbe... Homme intransigeant et altruiste... Utopiste ... au sens noble du terme.

L’inventeur du néologisme « libertaire ».

Oui mais pas que cela. Né en en 1821, dans une famille prolétaire, orphelin de père, mère lingère, toute sa vie il côtoya la misère, à laquelle il dédia un magnifique poème, édité pour la première fois dans ce livre. A douze ans, il entra en apprentissage et devint quelques années plus tard, commis de vente en papiers peints. A vingt ans, il embarqua sur un bateau et navigua sur les mers orientales. De retour à Paris, il reprit son métier de commis et en 1846, éclatèrent les émeutes de la faim. Il écrivit son texte les boulangers de Paris, témoignage de son acuité pour saisir l’état de misère du prolétariat. Cette douloureuse et intime expérience de la pauvreté, il la connaît bien. Son écriture s’en ressent, faite de fougue, de colères, d’intransigeances mis aussi de sensibilité, d’amour et de passion.

Passion, passionné sont peut-être les mots qui permettraient le plus d’approcher Déjacque ; être de feu et de glace, homme de contrastes, qui finira par sombrer dans la folie ( lettre à Pelletan ). En 1847, il débuta comme peintre en bâtiment et colleur de papiers peints. En 1848, émeutes, insurrections et révolution, Déjacque signa divers textes politiques et participa à des clubs, notamment le club de l’émancipation des femmes. Sans travail, il s’inscrivit aux ateliers nationaux qui furent dissous un mois après. Attendu par la garde nationale, il fut arrêté, emprisonné. Il écrivit les « Lazaréennes, fables et poésies sociales ».

Comme tant d’autres, il connut alors l’exil à Londres et à Jersey. Déjacque se lia d’amitiés avec Lefrançais, Coeurderoy et d’inimitiés avec Hugo, Ledru-Rollin. En 1854, il publia « la question révolutionnaire ».En 1854, il s’installa à New York qu’il quitta pour la Nouvelle Orléans. C’est dans cette ville qu’il écrivit son ouvrage le plus publié : « l’Humanisphère, utopie anarchique ». En 1858, Déjacque, de retour à New York, suivit les meetings de la section new-yorkaise de l’Association internationale des travailleurs. En juin il publia le journal le Libertaire qui parut jusqu’en 1861, année de son retour à Paris. En 1864, il fut interné à Paris, année de fondation de la Première internationale. En 1865, il mourut à l’hospice.

Déjacque, « personnage atypique...franc-tireur..., homme d’une grande radicalité à cause de ses propos ouvertement anarchistes...Homme de son temps...socialiste de son époque... » Déjacque n’était pas un dogmatique. Il a une vision optimiste de l’homme …

Homme de contrastes... pris dans le réel, saisi par la violence de la réalité de son époque, il ne sait répondre que par une violence au moins équivalente mais cette violence face aux injustices se double d’une grande bienveillance à l’égard de ses semblables.

Déjacque produisit un discours virulent à l’encontre de la société dans laquelle il vivait mais aussi un message utopique, plein d’espoir et d’altruisme. Un livre ou plutôt des livres ; cette production collective d’écrits ne peut que donner envie de poursuivre ces chemins de connaissances.

Dominique Sureau (UCL Angers)

  • Thomas Bouchet et Patrick Samzun (dir.), Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865), Presses universitaires de Franche-Conté, 2019, 272 pages.
  • Sur Gallica.bnf.fr, lire, de Joseph Déjacque, A bas les chefs et L’Humanisphère.
  • Consulter aussi : Joseph.dejacque.free.fr
 
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