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Lire : Rey-Robert, « Le sexisme, une affaire d’hommes »

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Après Une culture du viol à la Française, Valérie Rey-Robert, autrice et militante féministe, vient de publier Le Sexisme, une affaire d’hommes. Sourcé, documenté, illustré par des cas concrets, cet ouvrage pédagogique donne les moyens de prendre conscience et de combattre le sexisme que nous véhiculons, en tant qu’hommes, même insidieusement, au quotidien.

L’autrice renverse ici la célèbre maxime de Simone de Beauvoir ; « on ne naît pas homme, on le devient », écrit-elle. La construction sociale des hommes puise ses racines dans la violence, qui est l’emblème même de la virilité, ce qu’aucune donnée biologique ne saurait justifier. Pour ne pas être considéré comme « anormal » un homme se doit d’être fort, d’être agressif, d’être violent.

Les statistiques le démontrent, les hommes sont l’écrasante majorité des agresseurs et des violeurs (que ce soit envers les femmes, les enfants ou d’autres hommes). Un homme, construit dans la société patriarcale, est censé n’avoir peur de rien, prendre toujours plus de risques, dominer tout et tout le monde.

Être un homme, c’est aussi et surtout se construire par rapport aux femmes. Et même si certains hommes peinent à l’entendre (et aussi dans les milieux militants supposément plus ouverts à ces questions), ce livre documente comment, à tous les niveaux, dans toutes les classes, tous les hommes profitent de la domination masculine. Ils ont des salaires supérieurs, occupent les postes à responsabilités, ne subissent pas de harcèlement de rue, etc.

Les hommes sont l’écrasante majorité des agresseurs

Valérie Rey-Robert développe en fin d’ouvrage les axes prioritaires destinés aux hommes pour participer à la lutte contre le sexisme. Cette lutte passe en premier lieu par l’éducation des hommes. Tout d’abord par le fait d’écouter les femmes, de prendre en considération leur parole sans être persuadé que notre avis fera la différence. Mais nous ne pouvons attendre des femmes qu’elles soient nos « éducatrices ». C’est à nous en tant qu’hommes de nous former et nous éduquer à être de véritables alliés.

Lutter pied à pied, dans la « vraie vie » comme sur les réseaux sociaux pour démonter l’idée selon laquelle les hommes seraient aussi victimes du sexisme. Repenser la sexualité en général et son propre comportement sexuel en particulier. Cesser d’être un témoin du sexisme. Enfin, et c’est un élément central dans le livre, il est nécessaire de mettre en pratique la dévirilisation de nos vies (au travail, dans les foyers, dans la rue, dans les luttes, etc.).

Lecture nécessaire (j’aimerais pouvoir dire obligatoire) pour tous les hommes. On le sait, ça ne suffira pas à mettre à bas le patriarcat. Mais se contenter de postures de façade sans questionner ses propres comportements, dans sa vie intime comme dans la vie publique, ne fera pas non plus avancer le combat pour l’égalité et l’émancipation.

Comme le rappelle l’autrice en fin d’ouvrage, il y a urgence. « Il est temps de mettre fin à la virilité, il est temps de prendre conscience, individuellement et collectivement, que le sexisme et les violences qu’il engendre sont l’affaire de ceux qui les créent et non de celles qui les subissent. »

Jon (UCL Angers)

Valérie Rey-Robert, Le Sexisme, une affaire d’hommes, Libertalia, mars 2020, 264 pages, 18€.

 
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