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Lire : Berkman, « Qu’est ce que l’anarchisme ? »

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Étonnant, non  ? Que dans un journal libertaire on s’interroge encore sur le sujet... Point tant que cela puisque c’est le titre choisi pour cette traduction en français d’un ouvrage d’Alexandre Berkman intitulé Qu’est ce que le communisme anarchiste  ? auquel fut adjoint L’abc de l’anarchisme. À travers son opuscule, Alexandre Berkman a traité de bien des sujets et bien entendu, de l’anarchisme mais pas de tout l’anarchisme. Il effleura l’anarchisme individualiste et l’anarchisme mutuelliste, jugeant ces «  idées erronées et difficilement applicables  ».

En le lisant, on ne peut que penser à Malatesta tant le style se veut simple et compréhensible par tous et la forme dialoguée évoque Les deux paysans de Malatesta. Ouvrage de vulgarisation  ? Pas forcément. Cette «  banale conversation  » comme l’écrira Emma Goldman, répondait à un double objectif  : d’une part reformuler simplement le communisme anarchiste et d’autre part, susciter l’envie d’en savoir plus, d’aller plus loin. Ce livre est clairement conçu comme un ouvrage didactique ce qui le rend attrayant mais aussi empli de certitudes, de simplifications voire de raccourcis simplistes  : «  l’anarchisme nous enseigne que nous pouvons vivre dans une société libérée de toute contrainte  ».

Une première approche possible de l’anarchisme

Alexander Berkman a écrit ce livre dans un contexte historique particulier  : quelques années après la fin des attentats anarchistes, la fin de la Première Guerre mondiale et surtout après la Révolution russe et son dévoiement politique. Alexander Berkman a consacré pas moins de cinq chapitres à cette révolution. De cet événement majeur, il a déduit «  la faillite du socialisme et du bolchevisme  », véritable opportunité pour l’anarchisme comme il l’écrira dans sa préface.

Alexandre Berkman se proposa d’aborder les problèmes sociaux de manière assez simple, compréhensible et dialoguée  : le travail salarié, le chômage, la guerre, l’église, l’école, la justice, le gouvernement mais aussi le socialisme, le marxisme et le bolchevisme... pour introduire progressivement le communisme anarchiste.

L’objectif final de ces évocations était de démontrer que l’anarchisme n’était pas ce qu’en disent les journaux, que «  l’anarchisme n’est donc pas synonyme de désordre et de chaos  » mais aussi de démontrer sa faisabilité en expliquant qu’il signifie «  l’absence de gouvernement, c’est à dire l’émancipation et la liberté. Le désordre est fils de l’autorité et de la contrainte. La liberté est mère de tout ordre.  »

Fidèle aux grands principes communistes libertaires de Kropotkine, Alexandre Berkman a abordé également la consommation, l’échange avant la production parce que «  les hommes doivent manger avant de pouvoir travailler et produire  ». Il s’est intéressé aux questions du quotidien comme le logement, la sécurité locale, les comités de maison et voisinage mais aussi la défense révolutionnaire.

Ce livre constitue une première approche possible de l’anarchisme mais il appelle à des développements critiques pour une plus ample réflexion. Il faut le considérer comme un témoignage théorique à un moment donné de la construction plurielle de l’anarchisme.

Dominique Sureau (UCL Angers)

  • Alexander Berkman, Qu’est-ce que l’anarchisme ?, L’Échappée (revue et augmentée), mars 2020, 392 pages, 14 euros.
 
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