Plein feux

Mal-logement : Pour un moratoire sur les loyers impayés

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En cette période de confinement, nombreux sont celles et ceux qui sont laissés sans aide face à l’état d’urgence sanitaire.Mal-logés, sans domicile fixe, sans-papiers, locataires précaires se retrouvent sans ressources et démuni·es.

À l’instar du démantèlement de l’hôpital public, les politiques du logement ont les mêmes conséquences désastreuses en cette période d’état d’urgence sanitaire. Le confinement imposé à la population se transforme vite en enfer pour les quatre millions de mal logés et les 143 000 sans domicile fixe  [1] que compte la France métropolitaine et pour qui rien n’a été prévu en amont.

Dans chaque grande métropole, ce sont des centaines de personnes, parmi les plus vulnérables, qui ont été abandonnées à la rue ou dans des abris de fortune et autres bidonvilles sans eau courante, des exilé·es, des jeunes étrangères et étrangers mineurs non reconnus comme tels, privés des aides alimentaires distribuées par les associations, et ce n’est qu’une semaine après le début du confinement que l’État a commencé à bricoler quelques solutions d’hébergement en structures collectives tels que des gymnases, inappropriés pour une lutte contre l’épidémie, des centres de désserrement (sic) ou des hôtels bas de gamme où la promiscuité est la règle.

Pourtant, dès le mois de mars, des associations  [2] ont saisi en urgence le Conseil d’État pour demander la réquisition de logements en location meublée touristique (airBnB) et de chambres d’hôtel vacantes, pour mettre à l’abri les sans domiciles, les exilé·es et les 218 000 foyers en surpeuplement, ainsi que l’accès au matériel sanitaire indispensable pour la protection de ces personnes et du personnel soignant. Requête rejetée, comme celle initiée par cinq autres associations  [3] qui demandaient la fermeture des Centres de rétention administrative, malgré les appels au secours lancés par les sans papiers qui y restent enfermés alors qu’il n’y a plus de vol vers l’étranger. La réquisition par l’État des très nombreux logements vides reste la seule solution juste et digne.

Un locataire sur dix endetté

Cependant, le plus grand nombre de ceux qui pâtiront, à long terme, de ce confinement sont certainement les locataires, qui représentent 39,9 % de la population (42,6 % dans le parc public et 57,4 % dans le privé) et qui subissent baisse de revenu (chômage partiel ou absence totale de revenu) et hausse des dépenses (absence de cantines, augmentation de la consommation des fluides). Un locataire sur dix avait des dettes de loyer avant l’état d’urgence. Combien seront-ils à être menacés d’expulsion dans quelques mois ?

Alors qu’en Allemagne, au Canada, en Grande Bretagne, en Espagne, au Portugal, et même en Suisse, différentes mesures ont été prises en aide aux locataires, le gouvernement français n’envisage rien d’autre qu’une aide aux loyers… des entreprises  !

Droit au Logement (Dal) et de nombreux soutiens ont décidé d’interpeller ce gouvernement et les bailleurs publics et privés en faveur d’un moratoire des loyers pour les locataires en difficulté. Pour un moratoire pendant l’épidémie [4] construit un mouvement de solidarité entre locataires, et leurs soutiens, en appelant ceux qui le peuvent (sans se mettre en difficulté) à suspendre leur loyer jusqu’à l’obtention d’un moratoire. C’est dès aujourd’hui qu’il faut construire l’«  après  »  !

Clo (UCL 93 Centre)

[1Source FAP 2020

[2Fédération DAL, Kâlî, LDH, Élu·es contre les violences faites aux femmes, Droits d’urgence, Gisti, Utopie 56, Action chrétienne contre la torture

[3ADDE, Cimade, SAF, GISTI et CNB

[4Appel disponible sur le site Loyersuspendu.org

 
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