Enseignement : La propagande libérale continue

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La réforme de l’enseignement des sciences économiques et sociales s’appliquera aux premières à la rentrée 2011 et la mascarade se poursuit, au mépris de l’opinion des enseignants.

Précédemment déjà, dans le cadre de la « réforme du lycée pour les sciences économiques et sociales (SES) », le gouvernement faisait passer en force sa réforme du lycée et toilettait le programme (optionnel) de SES en seconde, tandis que les professeurs chargé-e-s de la mettre en œuvre s’interrogeaient sur les choix idéologiques à tendance néolibérale qu’on imposait aux élèves.

Le nouveau programme de première SES s’inscrit dans la droite ligne idéologique du programme de seconde (voir AL de novembre). Des sciences économiques et sociales il ne reste que peu de « sociales ». En effet, les sciences sociales sont reléguées en fin de programme et sont réduites à la portion congrue. Elles sont cloisonnées et séparées de l’approche économique, ce qui va à l’encontre de l’enseignement traditionnellement multidimensionnel des SES. Par exemple, l’entreprise est abordée sous son aspect « organisation de production », mais pas comme une organisation sociale. On étudie l’influence des « groupes » sur les individus mais ils n’appartiennent plus à une classe sociale, notion, qui, symboliquement, disparaît du programme.

Haro sur la socio

Le programme de première fait la part belle à l’analyse micro-économique : on envisage les comportements économiques au niveau individuel (une entreprise, un ménage). Cette approche ne se prête pas à l’analyse des crises ou des dysfonctionnements, qui sont étudiés au niveau macro-économique. Ce choix idéologique permet de faire l’impasse sur une réflexion critique : tant que nos élèves sont occupés à regarder des phénomènes au microscope, ils ne lèvent pas la tête sur le paysage. C’est une manière détournée de brider la réflexion et la pensée critique.

De plus, ce parti pris micro économique introduit davantage d’outillage mathématique dans les programmes. Ceux des élèves qui s’orientaient vers la filière parce qu’elle offrait un enseignement de sciences sociales et de sciences politiques vont être déçus : les techniques quantitatives seront plus présentes et joueront en défaveur des élèves les plus littéraires. De plus, le programme prévoit 30 chapitres à traiter en 33 semaines : il va falloir être productif !

Mais ces orientations sont-elles délibérées ou purement fortuites ? En 2008, des patrons dont Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, ont été à l’origine d’un rapport qui s’inquiétait de « programmes prétentieusement philosophiques, d’une approche inopportune de la sociologie et de la négligence des bases de l’analyse économique ». Ils dénonçaient « le biais idéologique de l’enseignement des SES, tirant vers la pensée marxiste ». Ils ont visiblement été entendus et exaucés : le programme a été lissé, coiffé et shampouiné pour coller à l’image libérale proprette souhaitée par les think tanks capitalistes.

Allez, les profs, arrêtez d’aller en cours le couteau entre les dents ! Grâce au libéralisme, les classes sociales n’existent plus. Mais si pour le patronat la lutte des classes n’existe plus, pour les professeurs, la lutte se fait et se fera dans les classes.

Gaëlle (AL Angers)

 
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