Immigration : Premiers résultats d’une enquête inédite

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Les premiers résultats d’une enquête sur les populations issues de l’immigration, ont été publiés en octobre 2010, sous l’égide de l’Ined et l’Insee. Un document qui mérite d’être lu et médité.

Le but de l’étude « Trajectoires et origines » est de comprendre les liens « origine » et « parcours de vie ». Elle intervient dans un débat complexe sur les statistiques ethniques et montre que l’on peut avoir des statistiques fiables sur la question des migrations sans appliquer un gradient « racial ». Un risque existe cependant : celui que cette enquête soit le premier pas d’un fichage ethnique des populations [1].

Différences au sein de la population étudiée

L’enquête distingue trois catégories : les immigré-e-s, né-e-s hors de France sans la nationalité ; les descendants, enfants d’au moins un parent immigré, et la « population majoritaire », c’est-à-dire les individus nés avec la nationalité de deux parents non-immigrés. Elle différencie également les populations étudiées suivant leurs zones d’origine.

La prise en compte des descendants dans une enquête d’ampleur est une nouveauté en France. En général, ceux-ci paraissent plus proches de la « population majoritaire » que leurs parents : leurs diplômes sont plus élevés, le français est leur langue maternelle, leur conjoint-e est souvent issue de la population majoritaire, etc. Mais leur situation par rapport à l’emploi n’en devient pas enviable : les descendants de l’immigration africaine et maghrébine ont un taux de chômage supérieur à 20 %.

L’enquête permet de caractériser plusieurs types de courants migratoires. Par exemple l’immigration d’origine turque présente des caractères propres : faible niveau d’études, part élevée d’artisans parmi les arrivants, reproduction sociale très forte, etc.

Et l’intégration ?

Plusieurs chapitres traitent des questions d’intégration et de discriminations, plus particulièrement du ressenti des populations. On apprend par exemple qu’environ un tiers des descendants d’immigré-e-s ayant été récemment en position de chercher un emploi pensent fait face à un refus d’embauche injustifié. De la même manière, on apprend sans surprise qu’alors que l’école fait l’unanimité (malgré la ghettoïsation de celles-ci), les descendants des immigrations africaine et maghrébine sont réservés vis-à-vis de la justice et surtout de la police.

Un chapitre entier est consacré aux discriminations. Sauf en ce qui concerne l’immigration européenne, une majorité d’immigrés et de descendants [2] déclarent avoir été victimes de racisme ou s’y sentir exposé. Cette étude confirme qu’on a plus de chance d’être contrôlé à plusieurs reprises par la police si l’on est d’origine maghrébine et africaine que si l’on est issu de la population majoritaire [3]. Malgré ça, 63 % et 85 % des descendants de deux ou d’un seul parent immigré partagent le sentiment « d’être français ».

Un autre étudie le rapport des immigré-e-s et descendants à la politique. Si la participation électorale globale est sensiblement identique à celle de la « population majoritaire », leur positionnement est différent. Quelle que soit l’origine, un descendant a plus de chance d’être de gauche. De la même manière, leur rapport vis-à-vis de la religion est étudié : si leur pratique est au dessus de la moyenne, une forte déperdition générationnelle à lieu.

Trop longue pour être résumée en un article, cette étude présente un grand nombre de données permettant d’estimer l’importance des discriminations et la situation des personnes issues de l’immigration. À ce titre, elle doit être utilisée et réappropriée par ceux qui luttent aujourd’hui contre le racisme, tout en comprenant les limites que comportent les notions d’« immigré » et de « descendant ». L’absence d’autres enquêtes d’ampleur empêche cependant toute comparaison, et nous force à la prudence dans notre lecture.

Dany (AL Toulouse)

[1Cf. AL n°184 (mai 2009), « Statistiques ethniques, terrain miné ».

[2Entre 57 % et 88 % suivant l’origine.

[3Les résultats sont moindres que dans l’étude de Jobard et Levy sur les contrôles au faciès.

 
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