Syndicalisme

Le 93 se soulève contre l’escroquerie du « choc des savoirs »




La contestation dans l’éducation, amorcée fin février, a marqué une étape le 30 mars, avec plusieurs manifs à travers la Seine-Saint-Denis. Dans le sud du département, les marches parties de Bagnolet, Les Lilas, Montreuil et Rosny ont convergé à la mairie de Montreuil. Sous un ciel pluvieux, enseignants, parents et élèves exigent une éducation publique de qualité et accessible à tous.

Ce samedi 30 mars, malgré les caprices du ciel, Montreuil a été le théâtre d’une mobilisation contre le « choc des savoirs » et la réforme scolaire d’Attal. Cette réforme, initialement destinée à réorganiser le système éducatif, est devenue le symbole des luttes pour une école publique de qualité et accessible à tous.

Bagnolet, 10 heures du matin, devant le collège Politzer : une voiture sono, deux enfants en manteaux, trois banderoles et quatre parapluies : petite foule, mais déterminée. Enseignants et parents d’élèves se sont rassemblés pour manifester leur opposition au « tri scolaire ». Les affiches laminées qu’ils arborent, présentant des photos des locaux dégradés au collège Langevin de Bagnolet, laissent méditatifs : feutres couverts de moisissures, murs effrités, eau stagnante au sol qui font pourrir les pieds de table, autant de visions d’horreur de la réalité à laquelle sont confrontés les élèves et les enseignants au quotidien. (les affiches mentionnent le hashtag #travailenlutte qui renvoient à des comptes Youtube, Tiktok et Twitter qui résument la réforme et listent les revendications des enseignants).

Approche contre-productive et décourageante

Un enseignant du collège prend la parole pour rappeler dans les grandes lignes la réforme d’Attal. Les visages las accueillent ses propos, dans le silence. Il ne dit rien que les manifestants ne sachent déjà : l’instauration de groupes de niveaux risque de créer des distorsions très importantes. Seuls quelques élèves seraient considérés comme « forts », tandis que le groupe des élèves en difficulté serait surchargé. Cette approche est non seulement contre-productive, mais également décourageante pour les élèves en difficulté, affectant leur estime de soi. Cette méthode de tri des élèves place aussi les enseignants chargés de juger le niveau des élèves dans une situation inconfortable et difficile, les plaçant de facto dans une attitude complice avec le gouvernement.

Après cette prise de parole concise, malgré la pluie persistante et les pavés glissants, les manifestants se mettent en marche. Au fur et à mesure que les cortèges venant des quatre coins du département se rejoignaient à Montreuil, le nombre de participants a grimpé jusqu’à atteindre près de 500 personnes, témoignant de la force et de la détermination du mouvement.

Des réminiscences du mouvement de 1998

Cette manifestation marque le point culminant d’un mois de mobilisation intense, marqué par l’indifférence apparente du ministre de l’Éducation, qui minimise l’ampleur du mouvement et ignore les revendications légitimes du personnel enseignant.

Dans le département de la Seine-Saint-Denis, la mobilisation n’est pas sans rappeler le mouvement de 1998. Marquée par le slogan « On veut des moyens, on n’est pas des moins que rien », elle avait alors abouti à des résultats significatifs, dont des embauches d’enseignants et des mesures pour les écoles en difficulté. Nous en parlions ici. Organisée par une « Coordination des établissements en grève », elle a illustré le pouvoir de l’unité dans la lutte pour une éducation publique de qualité.

La mobilisation cette année a commencé avec le même mot d’ordre : l’exigence d’un plan d’urgence pour le 93,appelé par l’intersyndicale, exigeant des embauches, des moyens supplémentaires, la rénovation des établissements et un plafonnement du nombre d’élèves par classe… Face à une dégradation croissante de l’éducation, les enseignants ont décidé de ne pas effectuer la rentrée, lançant des grèves dès le 26 février.

Tournées d’établissements, réunions et assemblées générales

Pour instaurer un rapport de force solide et élargi, cette grève reconductible a été accompagnée d’une dynamique de grève marchante. Les enseignants ont pris l’initiative d’aller à la rencontre de leurs collègues pour les convaincre de se joindre à la lutte, organisant des tournées d’établissements, des réunions et des assemblées générales. Cette mobilisation a également cherché à impliquer activement les parents et les élèves, organisant des tracts dans les marchés, des réunions de quartier et des assemblées générales ouvertes à tous.

Cette alliance entre enseignants, parents et élèves a marqué un tournant dans la lutte pour l’éducation. Les échanges avec les familles ont révélé une conscience politique profonde, mettant en lien les problèmes rencontrés à l’école avec les problèmes sociaux plus larges, tels que la casse de l’hôpital public ou les conséquences des Jeux olympiques sur la ville. Cette mobilisation a ainsi transcendé la question des moyens pour devenir un combat politique global contre les attaques néolibérales du gouvernement.

Les assemblées générales ont joué un rôle central dans cette mobilisation, offrant un espace de discussion et de délibération sur les revendications et les stratégies à adopter. Cette réappropriation de méthodes de lutte progressistes, telles que l’auto-organisation et l’alliance avec la population, constitue un acquis important pour la lutte actuelle et future. En s’unissant, élèves, parents et enseignants montrent qu’ils sont prêts à relever le défi de la défense d’une éducation publique de qualité, tout en s’attaquant aux problèmes sociaux plus larges qui affectent les classes populaires.

« De la moula, pour le 9-3 »

Dans les manifs étaient présentes les syndicats Solidaires, CGT et FSU, des orgas politiques comme le PCF, le NPA, LFI, l’UCL, et bien l’asso de parents d’élèves FCPE. Parmi les slogans scandés avec force lors de la manifestation : « Du fric, du fric, pour l’école publique », « Du pèze, du pèze, pour le 93 », « De la moula, pour le 9-3 » et « Attal, remballe ton plan social ». Autant de cris de ralliement exprimant le rejet des politiques d’austérité qui impactent directement l’éducation. C’est qu’au-delà de cette réforme, la question du manque de moyens est au cœur des préoccupations. Des salles de classe fermées, des enseignants découvrant leur emploi du temps le matin même, des locaux délabrés… Au collège Politzer, des salles de technologie sont inondées et dans la salle de musique, le piano a désormais les pieds dans l’eau…

Sur la place de la mairie de Montreuil, à la fin de la manifestation, sur l’air de La Foule d’Édith Piaf, une femme entonne un chant de contestation alors que le brouillard violet des fumigènes se dissipe dans le vent. Quelques manifestants ont des tambourins, d’autres tapent des mains, et le ciel se découvre.

Du fric pour une éducation publique équitable et de qualité ! Solidarité avec les élèves et les enseignants ! Soutien total des revendications du mouvement !

Nasham (UCL Montreuil)

 
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