Les capitalistes de la Big Tech n’ont pas à censurer arbitrairement des discours qui les dérangent

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Alors que Facebook et Twitter avaient pu nous habituer jusque là à un certain laisser-faire sur leurs réseaux, permettant à toutes sortes d’opinions — des plus respectables aux plus immondes — de s’exprimer, ces derniers temps les règles ont changé.

Depuis 2016 et les accusations d’ingérence russe dans la présidentielle états-unienne, ces deux géants des réseaux sociaux se démènent pour prouver qu’on peut désormais leur faire confiance et que les fake news et l’ingérence étrangère, c’est terminé.

Autrement dit, ces réseaux commencent à censurer leurs utilisateurs et utilisatrices. Et vue la place démesurée qu’occupent ces géants dans le Web de 2020, on peut aller jusqu’à dire que ces réseaux commencent tout simplement à censurer les internautes.

L’Union communiste libertaire défend la liberté d’expression, mais avec une conception non individualiste de la liberté : quand une personne pose un acte ou des paroles qui portent atteinte aux droits fondamentaux d’autres personnes elle ne fait pas acte de liberté. Pas plus qu’il n’existe de liberté de tuer, il n’existe de liberté de proférer des propos portant atteinte à la dignité d’autres personnes… Ainsi, nous soutenons par exemple résolument toute initiative militante visant à faire taire des fascistes et nous dénonçons leurs tentatives de se défendre en invoquant la liberté d’expression.

Mais doit-on pour autant se réjouir que Facebook et Twitter choisissent seuls d’effacer les discours d’extrême-droite sur leur plateforme ? Que ces entreprises, après avoir servi la soupe aux pires théories du complot et sentant le vent tourner, se rachètent une bonne conscience ? Que d’autres entreprises de la Big Tech, comme Youtube et Zoom par exemple, s’empressent de leur emboiter le pas dans cette mise en place d’une vaste censure arbitraire contrôlée par quelques milliardaires qui ne rendent jamais de comptes ?

Plus loin des projecteurs médiatiques, d’autres font les frais de cette censure politique

Bien que les exemples abondent et ne datent pas d’hier, en voici trois très récents. Le média indépendant Rapports de force, média de qualité qui a à cœur de suivre les mouvements sociaux et de donner la parole aux actrices et aux acteurs de ces mouvements, a été fin octobre complètement effacé de Facebook [1]. Fin septembre, un meeting en soutien à la Palestine occupée a été censuré, lui aussi sans prévenir, par Facebook, Youtube et Zoom [2]. Et quand les organisateurs et organisatrices de ce meeting ont tenté d’en organiser un second pour dénoncer cette censure, celle-ci a frappé de nouveau [3].

Nous ne sommes pas dupes : si l’extrême droite est aujourd’hui la principale cible affichée, essentiellement par démagogie, demain toutes les forces « qui dérangent » seront ciblées. Et si l’extrême droite dérange en fait de moins en moins, des discours anticapitalistes comme celui que nous portons dérangent et dérangeront d’autant plus que notre audience grandira.

L’Union communiste libertaire appelle les différentes composantes du mouvement social à engager rapidement une réflexion sur la liberté d’expression ainsi que sur leur dépendance aux outils informatiques développés par le capitalisme de surveillance ; des alternatives libres et décentralisées existent [4], mais encore faut-il s’en saisir et les promouvoir.

Union communiste libertaire, le 25 novembre 2020.

 
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