Communiqué UCL

Violences domestiques : La galère pour celles qui restent à la maison

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Qu’elles continuent de travailler ou qu’elles soient à la maison, les femmes sont en première ligne dans la lutte contre la pandémie mais aussi les premières victimes de la crise sanitaire actuelle.

L’inégale répartition des tâches ne va pas se résoudre du fait du confinement. Rappelons-le, les femmes assurent une large majorité des tâches domestiques et des soins aux enfants, y compris quand elles sont en couple. Dans le cas où les deux parents sont en télétravail, on imagine aisément comment peuvent se répartir les tâches dans les couples où elles sont déjà prises en charge par les femmes le reste du temps ! Les retours de beaucoup d’enseignant.es sont formels : ce sont majoritairement les mères qui les contactent, leur posent des questions et font le suivi des devoirs. S’ajoute à cela la prise en charge des tâches domestiques qui ne laisse pas beaucoup de temps au télétravail pour celles qui peuvent y prétendre !

Par ailleurs les familles monoparentales (avec 82 % de femmes à leur tête) sont les premières touchées par la pauvreté, et donc nombreuses à occuper des logements insalubres, trop exigus (par rapport à la composition de la famille) et peu équipés pour faire face aux besoins numériques.

Le risque d’une explosion des violences à l’égard des femmes...

Le confinement généralisé représente un risque supplémentaire pour celles qui vivent des violences au sein du couple.

Les associations spécialisées, qui accompagnent les femmes victimes de violences, ont tiré la sonnette d’alarme dès l’annonce du confinement. L’absence d’instant de répit que représentaient les plages horaires de travail à l’extérieur des victimes et/ou des agresseurs, la vie commune en continu, vont mathématiquement augmenter le nombre d’actes de violences (qu’elles soient psychologiques, physiques ou sexuelles). Dans un contexte d’isolement total, où le maître mot est de ne pas sortir (et surtout pas avec les enfants), sans possibilité de se cacher pour appeler les associations, n° verts ou la police, la vigilance et l’intervention du voisinage sont cruciales. Plus que jamais l’éviction du domicile du conjoint violent doit être la règle pour protéger les femmes mais également les enfants, considérés aujourd’hui non plus comme témoins mais également comme covictimes.

Plus que jamais les agents de police et de gendarmerie se doivent d’être réactifs quand ils sont appelés pour des cas de violences conjugales, en particulier dans cette période où se réfugier chez un.e proche s’avère difficile voire impossible.

Par ailleurs les réseaux sociaux fourmillent de témoignages de femmes ayant un ex-conjoint violent : beaucoup se voient menacées de dépôt de plainte si elles refusent de confier leur(s) enfant(s) à un ex qui ne peut les accueillir ou les transporter dans des conditions de sécurité et d’hygiène appropriés. Certaines d’entre elles se voient bombardées de messages, d’appels et de mails afin qu’elles dérogent à la règle de non sortie des enfants, y compris quand le père continue de travailler et risque donc de contaminer les enfants. Cette période est donc un moment difficile pour ces femmes dont les ex profitent de la situation pour mettre la pression et tenter de les maintenir sous emprise.

… et à l’égard des enfants et des jeunes

Les violences parentales risquent également d’exploser pendant la période de confinement. Pour beaucoup d’enfants, le temps scolaire est un moment pour respirer en échappant, même de manière temporaire, aux violences. Les fermetures d’écoles signifient donc pour des milliers d’enfants d’être enfermés en permanence, pendant plusieurs semaines, avec des adultes agresseurs. De la même manière, la fermeture des internats et de nombreuses résidences universitaires qui peuvent être un refuge pour des jeunes en rupture familiale (du fait de parents violents, toxiques…) est un véritable enfer. Il en va de même pour de nombreux.ses jeunes LGBTI qui se voient contraint.e.s de retourner dans leur famille n’acceptant pas leur identité ou leur orientation sexuelle. Le retour auprès de la famille représente des risques de violences sont également très forts.

Les services de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont en train de craquer devant le manque de moyens et de personnels pour accueillir et suivre des jeunes déjà fragilisé.es confiné.es en permanence. Ils et elles redoutent les tensions entre ces jeunes mais aussi une augmentation des suicides chez celles et ceux en situation de précarité et de détresse.

Pour les mineur·es isolé·es, qu’ils soient dans des foyers ou dans des logements diffus, le manque de moyens est là aussi criant. Dans certains foyers les repas collectifs ne sont plus assurés ; ils et elles doivent se débrouiller pour trouver à manger à l’extérieur alors que les lieux de restauration sont fermés.

Si le confinement est nécessaire au ralentissement de la propagation de l’épidémie, il ne peut se faire sans mesures spécifiques à l’attention des femmes victimes des violences patriarcales et des jeunes en détresse. Partout où c’est possible, soyons vigilent.es et solidaires pour que cette période de confinement ne soit pas insupportable pour celles et ceux déjà oppressés et violentés.

Union communiste libertaire, le 27 mars 2020


Alternative libertaire n°304 (avril 2020) est en libre accès
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