Antifascisme

Pandémie : Le réveil des préjugés anti-asiatiques

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Dans de nombreux journaux français, le Covid-19 a été souvent associé à la Chine par les expressions «  coronavirus chinois  » ou « péril jaune ». Cette stratégie a un double effet, elle dédouane les états de ne pas mettre en place les mesures nécessaires à la gestion de l’épidémie. De plus, elle fait porter la responsabilité de l’existence du virus sur le pays où les premiers cas ont été recensés provoquant une vague de racisme à l’encontre des personnes identifiées comme asiatiques.

Les pandémies ne sont pas seulement des évènements médicaux, elles sont aussi essentiellement des évènements sociaux et politiques. Leur propagation, leur gestion, les maux et les mots qu’elles génèrent sont avant tout politiques. Associer à une pandémie une nationalité n’est pas nouveau dans l’histoire, et ce n’est pas neutre. Il y eut la grippe dite « espagnole » (1918-1919), et plus loin encore la syphilis que les Français ont nommé le « mal de Naples », les Italiens de « mal français » tandis que les Russes parlaient eux de « mal polonais » ! De même en fut-il de l’usage du terme «  sidaïque  » visant à utiliser des mécanismes similaires à l’antisémitisme envers les personnes séropositives – et prôner en creux le même « traitement » ! – par l’extrême-droite française durant l’épidémie de VIH-Sida des années 1980. Finalement une épidémie nous en dit sans doute plus sur une société que sur l’état de la médecine !

Le racisme : une autre pandémie à combattre

Depuis le début de l’épidémie du Covid-19 en décembre 2019, le nombres d’insultes, de propos stigmatisants et d’agressions contre les personnes d’origine asiatique ont explosé. La peur du coronavirus est instrumentalisée de manière raciste pour justifier des discriminations, comme par exemple, refuser des candidatures à l’emploi. Évidemment, le racisme anti-asiatique n’est pas apparu avec le virus. On peut en effet retrouver dans cette peur des Asiatiques la rhétorique du péril Jaune, datant de la fin du XIXe siècle. Cette idée selon laquelle les Asiatiques seraient barbares, une menace, et envahiraient le monde occidental, est donc toujours présente et a été réactivée avec la montée en puissance du Japon sur la scène économique dans les années 1970 puis de la Chine dans les années 2000. Une des craintes véhiculées par ce discours raciste est d’ailleurs la peur des maladies qu’amèneraient cette population immigrée originaire de Chine, un pays qui aurait des traditions culinaires répugnantes. La rhétorique du péril jaune est internationale. Elle a notamment justifié la colonisation de l’Indochine par la France ou encore les guerres de l’opium contre la chine. Ainsi, lorsque le Courrier picard utilise «  Alerte jaune  » dans sa Une du 26 janvier 2020, puis « Le péril jaune ? » pour titrer son éditorial du même jour, il le fait en toute connaissance de cause, faisant référence de manière décomplexée à ce concept raciste. Le racisme envers les Asiatiques est aujourd’hui souvent invisibilisé et minoré. L’irruption du coronavirus l’a fait ressurgir médiatiquement, il ne faudrait pas, comme après 2016 et le meurtre de Chaolin Zhang, oublier que ce combat fait partie intégrante de la lutte antiraciste.

Le groupe de travail antiraciste et la commission antifasciste

 
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