Numérique

Big Brother : Hors de nos villes et de nos écoles !

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le 3 février dernier le tribunal administratif de Marseille annulait la décision prise par le conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur de mettre en place un dispositif de contrôle d’accès par comparaison faciale et de suivi de trajectoire des élèves dans deux lycées de la région. Une première victoire qui annonce d’autres combats à venir contre le cauchemar orwellien de «  safe city  ».

«  Un marteau piqueur pour frapper une fourmi  », c’est ainsi qu’au Tribunal administratif de Marseille le rapporteur public a qualifié la mesure, prise en décembre 2018 par le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, d’approuver une convention tripartite à titre  «  d’expérimentation  » avec la société Cisco relative à la mise en place d’un dispositif de contrôle d’accès par comparaison faciale et de suivi de trajectoire au sein des lycées Ampère de Marseille et Les Eucalyptus de Nice. Suivant l’avis donné cet automne par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), le tribunal, saisi par la Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) et la CGT Educ’Action des Alpes-Maritimes, a jugé que pour gérer les entrées et sorties d’un lycée, la reconnaissance faciale est une «  mesure disproportionnée  » en l’existence de mesures alternatives, et humaines, bien moins attentatoires aux droits et libertés. Il s’agit en l’espèce de la première décision juridictionnelle concernant la reconnaissance faciale, et donc de la première victoire d’un long combat à venir en vue de l’interdiction totale de toutes les technologies et dispositifs de reconnaissance faciale.

L’expérimentation à la sauce Big Brother

Une autre audience début mars, toujours au tribunal administratif de Marseille, devait statuer pour sa part sur la mise en place, à Marseille, d’un système permettant d’alerter automatiquement la police du moindre «  comportement anormal  » détecté par les caméras de vidéosurveillance. Le système permettrait aux opérateurs d’effectuer un «  traitement automatique de donnés […] afin de détecter des anomalies /incidents/faits remarquables  » ou bien encore de permettre la «  détection d’anomalies non identifiables par un opérateur  ». Le champs d’application de ces «  traitements automatiques  » va de «  l’incivilité  » (tags, dégradation de mobilier urbain) aux résolutions d’affaires criminelles. Le dispositif prévoit également, comme cela a déjà été expérimenté à Saint-Étienne courant 2019, des dispositifs d’analyse sonore de l’environnement urbain.

Safe city ou jail city ?

La ville de Nice sous l’impulsion de Christian Estrosi veut aller encore plus loin encore. Au menu : reconnaissance faciale et détection des émotions des usagers du tramway en se basant sur la technologie d’une start-up française, Two-i, qui promet, en se basant sur l’analyse de l’émotion, d’ériger «  des règles statistiques permettant de prévoir le comportement  ». Les projets de «  villes sécurisées  », safe city, renvoient à l’utopie de l’infaillibilité technoscientifique. Derrière la promesse d’un hypothétique futur avenir radieux guidé par la science se profilent surveillance, contrôle, répression et traque de «  l’anormalité  », laquelle se définit toujours selon les intérêts des dominants.

David (Grand-Paris Sud)


Cisco entre censure et espionnage

Rappelons que la société états-unienne Cisco a été impliquée en 2011 dans la mise en place d’un système de censure d’Internet au profit du gouvernement chinois et qu’une enquête du Guardian a révélé en 2014 que la NSA interceptait du matériel Cisco destiné à l’exportation à des fins d’espionnage… Drôle d’alliance pour un conseil régional exclusivement constitué d’élus de droite et d’extrême droite !

 
☰ Accès rapide
Retour en haut