Antifascisme

Manipulations : Le virus et la peste brune

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La fachosphère tente de rattacher la pandémie qui nous affecte tous à ses chimères habituelles : les quartiers populaires, les étrangers, les racisé·es. Même confinés, il faut garder une vigilance particulière vis-à-vis des discours fascistes. Si les messages révolutionnaires se diffusent grâce au travail des militantes et militants, les fachos ne sont pas en reste. Heureusement, beaucoup d’organisations effectuent ce travail de veille. Le groupe de travail contre l’extrême droite de l’Union syndicale Solidaires a produit un texte qui résume bien les positions des différentes factions de la droite de la droite en cette période de crise. Du Rassemblement national à Michel Onfray, tout y est.

Dans cette période de crise sanitaire, alors que le mouvement social tente de continuer à assurer les solidarités nécessaires, il peut être utile de jeter un œil de ce qui se dit à l’extrême droite, et quelles thèses circulent dans ces milieux et, hélas, bien au-delà. Sans surprise, les différentes galaxies reprennent leurs obsessions habituelles, chacune voyant dans la situation actuelle la confirmation de son discours.

Le Rassemblement national (RN) continue de dire tout et son contraire, comme l’ont montré les multiples revirements de Marine Le Pen, notamment sur la période de «  confinement  » que nous vivons. Il aurait été, selon elle, mis en oeuvre trop tard alors qu’elle-même déclarait le 27 février que ce n’était pas une solution. Dans la série de «  faites ce que je dis, pas ce que je fais  », alors que les bars et restaurants étaient fermés, et que les «  gestes barrière  » s’imposaient à tout le monde, Steeve Briois faisait rouvrir le Coq lillois pour fêter sa réélection à Hénin-Beaumont et guincher avec d’autres eurodéputés du RN.

Le Rassemblement national surfe aussi sur la vague du «  complotisme ambiant  », plus ou moins finement selon ses dirigeantes et dirigeants. Dans un contexte de crise sanitaire, mais pas seulement, les thèses «  complotistes  » se développent, renforcées par une communication gouvernementale chaotique et alors que la plupart des «  grands médias  » se contentent de relayer la parole du pouvoir. Pour la direction du RN, il s’agit de ne pas se couper de son électorat  : une enquête IFOP pour l’Institut Jean-Jaurès et Conspiracy Watch montre en effet que 55 % des sympathisantes et sympathisants du Rassemblement national souscrivent à la thèse selon laquelle le nouveau coronavirus a été développé en laboratoire, 40 % de manière «  intentionnelle  » et 15 % de façon «  accidentelle  ». Interrogée le 30 mars dernier sur l’avis de son électorat, Marine Le Pen a d’abord botté en touche avant d’ajouter que «  c’est une question de bon sens  ».

Moins subtil, Gilbert Collard s’engouffre dans le débat sur la chloroquine, et le rôle des laboratoires, demandant «  quel courroux anime le couple Buzyn-Lévy contre le professeur Raoult  ?  », comme si c’était ça la vraie question.

Les fachos se lâchent ouvertement

Riposte laïque laisse évidemment libre cours à ses délires racistes, parlant du «  coronavirus  » qui serait plus dangereux, dénonçant «  le confinement réservé aux seuls vrais Français  », et se demandant «  qu’attendent les flics pour tirer sur les racailles  ?  », reprenant ainsi l’idée que «  le coronavirus est une stratégie mondialiste pour détruire les sociétés occidentales  ». Inventant des scènes de pillage dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, Riposte laïque n’a pourtant pas reproduit la tribune hallucinante de Michel Onfray dénonçant les «  territoires perdus de la République  » où les jeunes feraient des barbecues tous les soirs, entre deux agressions et visites à la mosquée. Si Riposte laïque a une audience non-négligeable qui se cantonne aux franges les plus rances de la fachosphère, nous ne pouvons que nous inquiéter du respect (et des invitations qui vont avec) dont continue à bénéficier Michel Onfray dans de nombreuses rédactions.

Alain Soral, sur son site Égalité & Réconciliation, exprime dans une vidéo modestement titrée «  Soral a (presque toujours) raison – Réflexions sur le couillonavirus  » que ceux qui contrôleraient notre système de santé (des juifs ashkénazes) auraient intérêt à ce que le virus se propage, tout en faisant un parallèle audacieux et abject avec la liste de Schindler  : «  On a le gang qui a en charge la médecine d’État  : Buzyn, Lévy, Bauer, Hirsch, Jacob, Guedj, Salomon… C’est la liste de Schindler  !  », allant jusqu’à ressortir le mythe de l’empoisonnement des puits par les Juifs, inventé au XIVe siècle.

Bunk

Dans cette vidéo, on y apprend, fait important, que le confinement gêne Alain Soral puisqu’il ne peut plus aller manger au restaurant… Il n’a donc plus comme seule solution que de se faire livrer des plats préparés  : on peut donc se proclamer antisystème et en profiter dans ce qu’il a de plus caricatural  ! Autre antisémite convulsif, Boris Le Lay ne pouvait pas faire moins, et pour lui, c’est sûr, c’est un coup des banques centrales «  qui ont racheté tous les marchés et ont réalisé le plus grand hold-up de l’histoire sur une panique montée de toutes pièces  ». Pour «  preuve  », la Bourse de New York a connu rebond de 20 % suite aux annonces de soutien gouvernemental à l’économie américaine. Et qui dit Bourse de Wall Street dit évidemment «  banquiers juifs  », CQFD.

L’antisémitisme ne nourrit pourtant pas forcément son homme, alors si on peut profiter de la crise sanitaire pour se faire un peu d’argent, pourquoi se priver  ? L’escroc antisémite Dieudonné propose à la vente des masques importés de Chine (peu de chance que les clientes et clients les reçoivent au vu de la nouvelle législation) quatre fois plus cher que ce qu’on peut trouver ailleurs sur Internet.

Comme toujours, l’extrême droite, comme le complotisme, montrent qu’ils ne servent avant tout qu’à faire diversion. Faire croire que ce serait la faute des Juifs et des Juives, musulmans et musulmanes, d’une «  élite  » ou des illuminatis, c’est refuser de dénoncer un système, le capitalisme, qui montre une nouvelle fois sa grande part de responsabilité dans les difficultés que nous avons à faire face à la crise, et donc, le renforcer.

Commission antifascisme de l’Union syndicale Solidaires

  • Ce texte est aussi disponible dans la brochure Covid 19 – Un virus très politique, édité par les éditions Syllepse , ainsi que sur le site de Vigilance et initiative syndicales antifascistes (VISA).
 
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