Culture

Lire : Victor Serge, « L’école du cynisme »

Version imprimable de cet article Version imprimable


Ce nouveau recueil de textes journalistiques de Victor Serge (Viktor Lvovitch Kibaltchitch, 1890-1947) vient compléter le livre Retour à l’Ouest (Agone, 2010), qui reprenait une bonne partie des chroniques hebdomadaires que l’ex-collaborateur de la presse libertaire française [2], fasciné par la révolution d’Octobre et converti un temps au léninisme, avait fait paraître dans La Wallonie, un des rares journaux francophones où sa plume était la bienvenue.

Le présent livre rassemble 18 articles, parus entre le 4 octobre 1939 et le 11 février 1940 dans le quotidien parisien L’Intransigeant, un journal dont la position « anticommuniste » affichée pouvait s’accommoder de la collaboration de ce libertaire de cœur [1] et idéaliste avoué que fut toujours Victor Serge.

Quand celui-ci lui donne son premier article, il y a un mois que la France a déclaré la guerre à l’Allemagne et un peu plus de cinq semaines qu’on a appris la signature, le 23 août 1939 à Moscou, du pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS. C’est sur cette collusion que se penche Victor Serge dans la longue enquête qui ouvre le volume, une complicité qu’il fait remonter à l’année 1932, quand les communistes décidèrent de s’allier aux nazis pour détruire la social-démocratie.

Les autres articles concernent les épurations dans l’Armée rouge, la répression contre les communistes réfugiés à Moscou et enfin, les énormes difficultés rencontrées par l’URSS dans son offensive militaire contre la Finlande, lancée en novembre 1939. Celle-ci est toujours en cours quand, le 11 février 1940, Victor Serge se demande si « la Finlande peut tenir » dans ce qui sera son dernier papier pour L’Intransigeant.

Enfin, dans l’article qui donne son titre à ce volume, Victor Serge relève l’élagage opéré par Staline sur son livre Les Questions du léninisme, duquel il vient d’escamoter l’entretien accordé à l’écrivain anglais H. G. Wells, les durs jugements formulés en 1934 à l’égard du nazisme n’étant plus de mise après la signature du pacte avec l’Allemagne de Hitler.

La parution de cet opuscule de belle facture, agrémenté des dessins de Vlady (le fils de V. Serge), très soigneusement présenté et annoté par Charles Jacquier, est une très bonne nouvelle pour les gens attachés à l’œuvre de cet intellectuel intransigeant et libre, témoin privilégié de l’une des époques les plus importantes et les plus sombres du siècle passé.

Miguel Ángel Parra

  • Victor Serge, L’école du cynisme : De la Seconde Guerre mondiale et ses raisons, septembre 2019, Nada Éditions, 128 pages, 14 euros.

[1En 1947, Victor Serge déclarait à Víctor Alba : « Je vous parle en idéaliste ? Parbleu ! Il n’y a plus en présence que les idéalistes, les démissionnaires et les totalitaires. ».

[2Établi à Barcelone, il collabora aussi à la presse anarchiste espagnole : c’est dans les colonnes de Tierra y Libertad qu’il inaugura en mars 1917 le pseudonyme qui le rendit célèbre.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut