Syndicalisme

Nadejda Tilhou (SUD-Culture Loiret) : « Notre travail est non rémunéré, invisible »

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Nadejda Tilhou est intermittente, autrice et syndicaliste, en lutte contre la réforme de l’assurance chômage. Avec en toile de fond, et comme dans d’autres secteurs (li­vreurs à vélo, auto-entrepreneurs), la question du type de contrat et du salariat.

Quel a été l’impact de la crise sur les autrices et auteurs ?

Il y a 270 000 auteurs et autrices en France, dans différents secteurs, plasticiens, audiovisuel, livre etc. Ils sont pour beaucoup dans un état de précarité structurelle et ont été particulièrement touchés par la crise liée au Covid. Une mobilisation s’est ­d’abord esquissée par secteur, car nous étions passés à côté des aides de 2020, mal connues, administrativement compliquées. Comme il n’y a pas d’élections professionnelles, Bachelot affirme qu’elle n’a pas d’interlocuteurs, alors qu’elle aurait pu les trouver  : au niveau national il y a plus de 30 associations, collectifs d’artistes, voire syndicats comme la CGT chez les ­plasticien·nes.

Comment a démarré ce mouvement ?

Les intermittentes et intermittents ont commencé à se réunir au théâtre occupé d’Orléans à partir de mars. Nous avons pendu la crémaillère de la Maison des auteurs le 12 mai, ce qui a donné de la visibilité à la mobilisation. Nous venions de différents secteurs professionnels, chacun avec leur spécificité, mais nous avons cherché ce qui nous rassemblait. Il y a d’abord un sentiment de chaos, d’ignorance des auteurs et autrices par les employeurs. Ensuite, celui d’être spoliés. Notre travail est non rémunéré, invisible.

Comment avez-vous construit vos revendications ?

Nous nous sommes beaucoup appuyés sur le livre d’Aurélien Catin Notre condition. Essai sur le salaire au travail artistique. Il y décrit deux modes de rémunération des au­teurs  : le contrat de commande, qui date du XIXe siècle, et, le plus fréquent, des « à valoir » sur des droits de diffusion à venir. Donc ce n’est pas le travail, mais l’exploitation du produit qui est rémunérée. Il n’y a pas de statut de l’auteur, juste un statut de l’œuvre.

Nous voudrions que ce soit les salarié·es, et non leurs œuvres, qui soient soutenu·es. Nous revendiquons donc un fonds de soutien spécifique pour les auteurs et autrices, comme celui qu’ont obtenu les plasticien·nes. Mais cela nous a aussi naturellement amené à discuter du salariat, ce qui donne un horizon plus lointain à nos revendications immédiates.

Y a-t-il eu des mobilisations similaires dans d’autres villes ?

Oui à Nantes, La Rochelle, Niort… Nous voulions nous mettre en relation avec ces autres villes mais nous n’avons pas réussi par manque de temps et de disponibilité. Il a peut-être manqué un espace spécifique pour les auteurs et autrices dans les coordinations nationales. Nous cherchons actuellement à développer des liens à l’intérieur de la région Centre.

Propos recueillis par Grégoire (UCL Orléans)

 
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