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Kurdistan : l’ombre d’Erdogan plane sur l’Europe

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Deux militant·es de l’UCL ont tenté de rejoindre la mission européenne chargée d’observer les crimes de guerre turcs au Kurdistan irakien. Refoulé·es, comme nombre de délégué·es, il et elle rendent compte de la situation gravissime sur place.

Les combattantes et combattants kurdes en Syrie et en Irak s’étaient battu·es comme des lions au Rojava pour non seulement contenir, mais vaincre le califat des fanatiques de Daech. L’Europe doit beaucoup aux kurdes  : leur combat là-bas a empêché nombres d’attentats terroristes, ici. Emmanuel Macron se le vit rappelé par les organisations kurdes en France lorsqu’il qualifiait le PKK d’organisation «  terroriste  », au prétexte que le Parti des Travailleurs du Kurdistan est toujours porté sur la liste noire du Conseil de l’Europe.

Pourtant, ce 14 juin Macron recevait le président turc Erdogan dans le cadre du sommet de l’Otan  : celui qui encore aujourd’hui bombarde les populations du Kurdistan à l’arme chimique (phosphore blanc), détourne les cours d’eau pour assoiffer toute la région, rase les forêts, détruit les moissons, pilote les cellules djihadistes de Daech qu’il avait naguère armées et équipées, pour les lancer sur les villages, les installations kurdes, et maintenir un climat de terreur.

Car le Kurdistan irakien est encerclé. Les troupes d’Erdogan sont entrées de 50 kilomètres dans les frontières irakiennes, en parfaite illégalité et malgré l’indignation du gouvernement irakien. Avec le prétexte d’éradiquer le PKK, la Turquie veut surtout reprendre pied dans les frontières qui furent celles de l’Empire ottoman, au complet mépris du droit local et international.

Mais les forces d’autodéfense du Kurdistan (HPG – branche armée du PKK) sont des guerriers et guerrières chevronné·es, et l’armée turque a été étrillée début juin, dans la montagne kurde. Alors, Erdogan a sommé le PDK (Parti démocratique du Kurdistan - Irak) de Massoud Barzani d’entrer activement dans sa stratégie d’encerclement des forces d’autodéfense kurdes. Le clan Barzani, déjà inféodé à Ankara et à Washington, gardait un semblant de respectabilité et donnait le change à sa population.

Mais aujourd’hui, les masques tombent, le PDK ne peut plus faire semblant  : Barzani est un traître, un franc collaborateur de l’envahisseur, soutenu par à peine 20 % de sa population, et les Peshmergas kurdes d’Irak renâclent à appuyer sa stratégie contre leurs frères et sœurs du PKK. C’est pourquoi, il utilise lui aussi des mercenaires – faussement appelés «  forces spéciales  » – pour appuyer, au sud, la politique d’Erdogan.

La gauche kurde a sa place forte dans les monts Qandil, au Kurdistan d’Irak. L’armée turque y a pénétré, avec la complicité des libéraux-féodaux du clan Barzani.
Photo : Yann Renoult

Une délégation européenne d’environ 150 personnes dont deux militant·es de l’UCL a tenté d’atteindre Erbil, capitale du Kurdistan irakien, pour observer et rendre compte des crimes de guerre turcs, et prononcer une allocution publique le 14 juin. Mais, arrêté·es par dizaines dès leur arrivée à Erbil, ou interdits de quitter le territoire allemand à Düsseldorf, bloqués au Qatar, ce sont près de cinquante délégué·es qui ont été refoulé·es par les services du PDK, aux ordres d’Erdogan. Bien qu’une déclaration soit arrivée jusqu’à nous  [1], les délégué·es qui sont parvenu·es à entrer dans le pays ont été interdits de prendre la parole, et bloqué·es dans leur hôtel à Erbil  [2].

Ces dénis d’expression démocratique s’accompagnent de déclarations mensongères de la part de Barzani qui prétend que la délégation est à la solde du PKK, et coupable de vouloir déstabiliser la région.

La trahison de Barzani

Pendant ce temps Macron discute avec Erdogan dont le délire de Grande Turquie passe par la destruction pure et simple de la résistance kurde, par l’assassinat en plein Paris il y a neuf ans de trois militantes kurdes, par la pression sur Berlin, Paris, Bruxelles.

C’est pourquoi il faut qu’au niveau international, le PKK, soit perçu pour ce qu’il est vraiment  : le seul rempart contre la résurgence de Daech dans toute la région, et contre l’impérialisme brutal d’Erdogan. Loin d’être l’organisation terroriste que les occidentaux s’acharnent à maintenir sur les listes du Conseil européen, le PKK est la seule entité politique, culturelle, militaire à oser tenir tête à l’ogre turc, depuis l’intérieur de la Turquie, en Syrie et en Irak.

Il est temps que les européens réclament que le PKK soit enlevé de la liste des organisations terroristes, et soutiennent la résistance kurde par tous les moyens, en dénonçant l’illégalité des prétentions turques sur la région et la collaboration du PDK. Enfin, exigeons que des observateurs vérifient l’étendue des crimes de guerre turcs et saisissent la justice internationale sur l’illégalité de leur présence en Irak. Le sommet de l’Otan a pour but d’obtenir un blanc-seing pour qu’Erdogan fasse ce qu’il veut. Il faut que l’ombre d’Ankara cesse de s’étendre.

Maria (Marseille internationalistes solidarité Kurdistan) et Cuervo (UCL Marseille)

 
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