Politique

Local militant à Angers : l’Etincelle s’éteint mais la flamme demeure

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Ouvert en 1997, le local associatif, autogéré et militant angevin, l’Étincelle fermera ses portes en juillet. Haut lieu de la vie politique et contre-culturelle locale, retour parcellaire sur la vie mouvementée et mouvementiste de l’Étincelle.

Quand on vit dans une ville de taille moyenne, on n’a pas forcément toujours les moyens d’être aussi sectaires que dans d’autres villes. C’est ainsi qu’à la sortie du grand mouvement social de décembre 1995 les groupes de la Ligue communiste révolutionnaire (ancêtre du NPA), de la Fédération anarchiste, du réseau No Pasaran, d’Agir contre le chômage !, des militantes féministes, des activistes de la contre-culture, des militant·es révolutionnaires de divers horizons, décident de se regrouper pour monter un local sur Angers. Le projet de l’Étincelle est lancé.

En 1996 un local est trouvé. Après quelques mois de travaux le lieu ouvre officiellement ses portes en février 1997. L’aventure est lancée. L’Étincelle devient alors un lieu incontournable du mouvement social angevin. Pour notre part, c’est en 2002, lorsqu’un Collectif pour une Alternative libertaire verra le jour à Angers, que nous rejoignons l’Étincelle pour ne plus la quitter jusqu’à aujourd’hui. Dès lors nous n’avons cessé de nous investir dans ce local qui est pour nous un outil pour mettre en pratique l’une des idées fortes de notre courant : l’autogestion.

Autogérons les difficultés

Force est de constater que faire vivre un local militant de manière autogérée ce n’est pas toujours simple. Combien de camarades se sont épuisé·es à porter la vie quotidienne du lieu  ? Quand vider les poubelles et passer le balai est réservé à une poignée, c’est qu’il y a un vrai problème d’organisation et d’implication. Mais jusqu’à aujourd’hui beaucoup ont pu se reposer sur cette petite minorité qui faisait son possible pour maintenir le local à flot.

Et les problèmes administratifs n’ont pas aidé. Le local était au départ loué à un propriétaire privé. Mais au milieu des années 2000 la mairie est devenue propriétaire du local avec pour objectif de le détruire dans le cadre de la «  rénovation urbaine du quartier  », aussi connu sous le nom de gentrification. Dès lors le local s’est retrouvé dans un bail précaire renouvelable tous les trois mois. L’épée de Damoclès administrative était au-dessus de nous. Difficile dans ces conditions de se lancer dans des grands projets. On pare au plus pressé, on continue bon an mal an nos activités.

Cette situation a duré plus de dix ans. Et un beau jour de 2017, alors que nous nous apprêtions à fêter les vingt ans du lieu, nous avons reçu la missive des services municipaux. Il fallait déménager au plus vite. Mais pas de panique, dans sa grande mansuétude la mairie de droite nous proposait un relogement. Devant l’évolution rapide de l’urbanisme sur le centre-ville, il nous semblait difficile de résister à cette expulsion. Nous avons donc collectivement fait le choix d’accepter le relogement de la mairie, non sans un grand nombre de conditions. Quitter notre local de la rue Maillé ne s’est pas fait de gaieté de cœur. Il avait certes beaucoup de défauts, mais c’était notre local historique, là où nous avions construit ce projet.

Pour certain·es cette décision a été vue comme une trahison, nous nous jetions dans les bras de la mairie. Pour d’autres, dont nous faisions partie, l’essentiel était de défendre et sauvegarder les outils, avec pragmatisme. Nous aurions tout perdu si, en s’opposant à ce déménagement nous nous étions retrouvé·es sans rien, incapables de nous reloger décemment par nos propres moyens.

Loin des yeux loin du cœur

Après moult négociations nous parvenons donc à obtenir un local dans lequel nous pourrions faire perdurer nos activités. Et les services de la mairie sont formels  : il n’y aura aucun projet sur ce local avant plusieurs décennies… Après plusieurs semaines de travaux l’Étincelle rouvre ses portes boulevard du Doyenné à l’automne. Nous avons désormais un jardin, des espaces de stockage au sous-sol, des espaces distincts, un chauffage central et des fenêtres (quand on vous disait que l’ancien local avait quelques défauts…).

Après un quart de siècle bien vivace, les militant·es décident collectivement de fermer l’Étincelle plutôt que de la laisser mourir à petit feu.

Et nous continuons nos activités  : concerts, conférences-débats, projections, ateliers, etc. Mais la fréquentation est en baisse. Déjà dans notre ancien local on sentait les choses s’émietter petit à petit. Là, la situation devenait plus difficile et il était parfois compliqué de rentrer dans nos frais.

Comment expliquer ce désintérêt pour l’Étincelle  ? Déjà nous n’étions plus dans le centre-ville, mais en périphérie. Et puis d’autres lieux alternatifs ont pu ouvrir sur la ville. Des lieux où le cadre organisationnel était sans doute moins contraignant que l’Étincelle.

Cerise sur le gâteau, en pleine pandémie, alors que l’Étincelle est quasiment à l’arrêt depuis mars 2020, la mairie nous vire définitivement du local pour l’été 2021, cette fois sans proposition de relogement. Alors que faire ? Les négociations sont écartées d’office. Nous n’avons plus rien à faire avec ces gens. Repartir et relancer le projet dans un autre lieu ? Là le manque d’énergie pointe le bout de son nez. Qu’à cela ne tienne plutôt que de mourir à petit feu l’Étincelle décide de se saborder et décrète la fin de l’aventure pour l’été 2021.

À la hauteur de ses moyens, le groupe UCL d’Angers et ses militant·es ont toujours participé à cette aventure. C’était pour nous un moyen concret de nous rendre compte que l’autogestion est loin d’être une sinécure. Mais que si on se dote des bons outils on peut faire cohabiter des personnes avec des parcours politiques très différents et les faire avancer dans le même sens. Alors bien sûr la vie de l’Étincelle n’a pas toujours été rose  : attaque de fachos, agressions sexistes et sexuelles, racisme ordinaire, etc. Mais nous avons appris à gérer tous ces événements collectivement et cela a nourri le mouvement social angevin. Nous avons été en somme un creuset sur beaucoup de questions qui ont ensuite irriguées l’ensemble de notre camp social.

Et tout ça ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Déjà des projets de locaux fleurissent et les idées fusent. Gageons que d’ici quelques semaines la ville se dotera d’un nouvel outil au service des luttes sociales. Et comme nous l’avons scandé lors de la manifestation du premier mai si « l’Étincelle s’en va, nous on s’ra toujours là » !

Le groupe UCL Angers

 
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