Dossier spécial Paris 1871

Gustave Lefrançais (1826-1901), entre communalisme et anarchisme

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Parmi les mémorialistes de la Commune, Gustave Lefrançais (1826-1901) fut de ceux qui ont tiré de l’événement un enseignement ­révolutionnaire allant dans un sens fédéraliste et autogestionnaire.

Quand débute la Commune de Paris, cet instituteur angevin, devenu journaliste d’opposition, a déjà une solide expérience de révolutionnaire et de proscrit. À 22 ans, habité par la légende de 1793, il a pris part à la révolution de février 1848. La trahison de la classe ouvrière par la IIe république et les massacres de juin l’ont écœuré et fait basculer dans un camp plus radical : celui du socialisme. Un socialisme fondé sur l’association ouvrière, mais pas exactement proudhonien, car ouvert au féminisme : il a collaboré, notamment avec Jeanne Deroin et Pauline Roland, à un programme d’éducation novateur qui, publié en 1849, lui a valu la révocation.

Exilé pendant deux ans à Londres après le coup d’État de Bonaparte, il est ensuite revenu en France, où il a vécu de divers métiers. L’autorisation des réunions publiques, en 1868, l’a révélé orateur – bientôt un des plus écoutés sur la place parisienne, professant des idées sociales assez analogues à celles de Bakounine : collectivisation des moyens de production, suppression de l’héritage, rejet du mariage, union libre…

Après la chute de l’Empire, il a été un des animateurs du Comité central républicain des vingt arrondissements, impulsé par l’AIT, prônant la guerre populaire et dénonçant la pusillanimité du gouvernement provisoire. Partie prenante de la tentative insurrectionnelle du 31 octobre 1870, il a de nouveau connu la prison.

Tendance bakouninienne

C’est donc un personnage assez connu qui, le 28 mars 1871, est élu à la Commune, par le 4e arrondissement. Dans ses Souvenirs d’un révolutionnaire (1886), il racontera avoir, très rapidement, pressenti l’écrasement inéluctable de la Commune, isolée et démunie. Il s’engage cependant à fond.

Exilé en Suisse, Lefrançais militera au sein de l’AIT anti-autoritaire.

Membre de la commission du travail et des échanges, puis de celle des finances, il prône en vain la prise de contrôle de la Banque de France, puis se classe dans la « minorité anti-autoritaire » qui, en mai, s’oppose à l’instauration d’un comité de salut public. La Semaine sanglante le voit sur les barricades de la Bastille, puis il réussit à se réfugier en Suisse. Là, il travaille au chemin de fer, et adhère à l’Association internationale des travailleurs (AIT), dans la ten­dance bakouninienne. Il présidera d’ailleurs le congrès de Saint-Imier, fondateur de l’AIT anti-autoritaire.

Sa solide Étude sur le mouvement communaliste à Paris, en 1871 fera forte impression à Kropotkine, qui y verra un livre majeur. Il y regretta par ­exemple que la Commune ait ­insuffisamment remis «  aux citoyens eux-mêmes, au moyen de leurs assemblées de quartier, le soin de régler leurs intérêts collectifs et locaux  ». Pour lui, «  l’administration centrale ne devait être que la coordinatrice  » et non «  l’unique juge et directeur des intérêts de tous  ».

Lefrançais sera par la suite un « compagnon de route » de l’anarchisme, sans revendiquer l’étiquette. Se disant « communaliste », il critiquera en effet, dans son essai Où vont les anarchistes ? (1887), les conceptions « modernes » (antipatriotes, communistes) de l’anarchisme, mais aussi la mode anti-organisationnelle et illégaliste florissante dans les années 1880.

Il mourra le 16 mai 1901, en plein trentième anniversaire de la Commune. Des milliers de personnes accompagneront son cercueil jusqu’à la ­crémation au Père-Lachaise. Eugène Pottier lui dédia son célèbre hymne révolutionnaire, L’Internationale.

Dominique (UCL Angers)


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Bibliographie


Illustration : Gustave Lefrançais, par Hippolyte Mailly, 1871.

 
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