Dossier spécial Paris 1871

18 mars-28 mai : de la révolte montante à l’ultime barricade

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La Commune de Paris aura vécu neuf semaines. Suffisant pour lancer des idées et des décrets, mais pas vraiment pour les appliquer. Pendant ce temps, les versaillais ne se préoccupaient que de déployer une armée pour reconquérir la capitale…

Février 1871, la garde nationale s’autonomise. Une semaine après l’armistice franco-allemand, des élections législatives sont convoquées et donnent une large majorité (62%) aux monarchistes, et une minorité (35%) aux républicains. Installée à Versailles, l’Assemblée est cependant unie dans son désir de rétablir l’ordre à Paris, et désigne pour cela le caméléon réactionnaire Adolphe Thiers chef du gouvernement. Peu après, les bataillons parisiens de la garde nationale s’autonomisent, se fédèrent et élisent un comité central.

Paris contre Versailles

18 mars, l’insurrection. Pour désarmer Paris, Thiers ordonne la saisie de ses canons payés par une souscription populaire. C’est l’étincelle dans la poudrière. Le peuple parisien accourt, cerne la troupe venue saisir les canons, et celle-ci finit par fraterniser. Des barricades sont érigées, les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont fusillés.

19-25 mars, le comité central de la garde nationale à la barre. Les délégués les plus révolutionnaires veulent marcher immédiatement sur Versailles. Mais la victoire facile du 18 mars pousse la majorité à réorganiser en priorité la vie de la cité. On annonce donc des élections municipales. Les quartiers riches protestent mais, le 22 mars, la garde nationale brise une manifestation conservatrice dans le sang. La bourgeoisie se contentera désormais de se terrer en attendant l’armée de Versailles. Dès le 21 mars, celle-ci s’empare du fort stratégique du Mont-Valérien.

Ébauche d’un programme

26-28 mars, Élection du conseil de la Commune. Le scrutin du 26 mars se déroule dans le ­calme. Sur 92 élus, 16 conser­vateurs élus dans les quartiers bourgeois vont rapidement démissionner. Pour le reste, républicains et socialistes sont largement majoritaires, et parmi eux bon nombre de militants de l’Association internationale des travailleurs (AIT), de blanquistes et de néojacobins. Mais, depuis l’insurrection, dix jours ont été perdus, tandis qu’à Versailles le gouvernement remet sur pied une armée opérationnelle.

Le 28 mars, le résultat des élections municipales est proclamé : à l’inverse de l’Assemblée siégeant à Versailles, le conseil de la Commune est majoritairement composé de socialistes et de républicains habités par le souvenir de 1793.
Lix/BNF

29 mars, création de commissions spécialisées. Au sein du conseil de la Commune, neuf commissions sont créées (sûreté générale, justice, défense, finances, subsistances, travail-industrie-échange, services publics, enseignement, relations extérieures). Mais elles manquent de coordination, et les élus sont débordés. Malgré la cacophonie, des mesures avancées esquissent un programme révolu­tionnaire, socialiste et démo­cratique. Le même jour, la Commune annule les loyers d’octobre 1870 à avril 1871.

2 avril, séparation de l’Église et de l’État. Trente-quatre ans avant que la IIIe République s’y résolve, un décret abroge le budget des cultes. Le même jour, les troupes versaillaises chassent les communards de Courbevoie.

3-4 avril, échec de l’attaque contre Versailles. Une sortie est maladroitement tentée pour attaquer Versailles. Mais, bombardés depuis le Mont-Valérien, les fédérés sont écrasés à Rueil par le général Boulanger. Flourens, commandant élu de la garde nationale, est tué.

Nathalie Lemel (1826-1921)
Cette ouvrière relieuse a été une militante de l’AIT et une figure majeure de la Commune  : oratrice dans les clubs populaires, barricadière place Pigalle, elle fut déportée en Nouvelle-Calédonie avec Louise Michel.

11 avril, création de l’Union des femmes. L’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés est créée par Nathalie Lemel, ouvrière relieuse, syndicaliste et socialiste, et Élisabeth Dmitrieff, une intellectuelle russe proche de Marx. Le mouvement revendique l’égalité salariale, le droit de vote des femmes, etc.

16 avril, décret sur les ateliers vacants. La commission Travail-industrie-échange, constituée de socialistes révolutionnaires, décrète que les ateliers abandonnés par les patrons ayant fui Paris pourront être confiés à des coopératives ouvrières, dans une logique d’autogestion.

21 avril, création d’une école laïque et gratuite. La commission à l’enseignement travaille sur le projet d’une école laïque, expurgée du cléricalisme, et ­gratuite. Les mairies des 3e, 10e et 20e arrondissements sont en pointe pour mettre en œuvre ces propositions, excluant l’enseignement religieux, payant les fournitures scolaires, etc.

Eugène Varlin (1839-1871)
Cet ouvrier relieur, très apprécié humainement, correspondant avec Bakounine, a été un des animateurs de l’AIT parisienne. Il est assassiné par les versaillais le 28 mai 1871.

28 avril, création d’un Comité de salut public. Pensant résoudre le désordre administratif, le conseil de la Commune vote la création, comme en 1793, d’un « Comité de salut public » de 5 membres, détenteur de « pouvoirs élargis ». Une minorité d’élus, pour beaucoup issus de l’AIT, dénoncent une illusion passéiste qui « n’ajoutera aucune force à la Commune ».

9 mai, les fédérés perdent le fort d’Issy. Après deux semaines de combat, les versaillais font sauter le principal verrou sur la route Paris. L’armée campe à présent aux abords des remparts sud-ouest de la capitale.

16 mai, la colonne Vendôme est abattue. Cétait un symbole militariste et nationaliste des guerres napoléoniennes.

15-21 mai, scission de la minorité anti-autoritaire. Vingt-deux élus cosignent un manifeste contre la « dictature » du Comité de salut public, et cessent de siéger. Cette démission est mal perçue par la population, et les scissionnistes réintègrent le conseil six jours plus tard.

La Semaine sanglante

La semaine sanglante

21 mai, entrée des versaillais dans Paris. Avertie par un habitant hostile à la Commune que le rempart, en raison d’une négligence, n’est pas défendu, l’armée versaillaise pénètre dans la capi­tale par la porte Saint-Cloud. Au bout de quarante-huit heures, elle occupe les riches 15e et 16e arrondissements, tandis que les fédérés se replient spontanément vers « leurs » quartiers, dans l’Est populaire. La Commune tient son ultime conseil.

23 mai, prise de la butte Montmartre. Cette place forte tombe sans beaucoup de résistance. Dombrowski, un des meilleurs officiers de la Commune, est tué sur une ­barricade, rue Myrrha. Chaque quartier prépare une défense désespérée, dans l’idée de vendre chèrement sa peau.

24 mai, les grands incendies. Pour ralentir l’ennemi, les communards font sauter la poudrière du Luxembourg, incendient l’hôtel de ville, la préfecture, le palais de justice. Les versaillais exécutent les prisonniers en masse, et les blessés dans les hôpitaux.

25 mai, chute de la butte aux Cailles. Après trois jours de résistance, Wroblewski évacue la dernière poche de résistance du 13e arrondissement avec un millier de combattants. Dans la confusion d’une défaite imminente, plusieurs dizaines d’otages versaillais sont exécutés.

27-28 mai, mort de la Commune. Le dernier carré se bat à Belleville, à Ménilmontant et dans le cimetière du Père-Lachaise. Les captifs sont fusillés le long de ce qui deviendra « le mur des fédérés ». Au total, 12 000 à 30 000 personnes seront assas­sinées pour avoir mené cette ­révolution populaire aux accents socialistes et autogestionnaires.

Adèle (UCL Pantin)


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Bibliographie


Illustration : « Retour du bastion », tirée de Bertall, Les Communeux. Types, caractères, costumes, Plon, 1880.

 
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