Antipatriarcat

Inceste : La plus précoce des violences patriarcales

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D’après une enquête faite pour l’association Face à l’inceste en novembre 2020, un·e français·e sur dix aurait été victime d’inceste, dont 78 % de femmes. Dans 96 à 98 % des cas, l’agresseur est un homme.

Plus de 1033 personnes majeures ont participé au sondage Ipsos en ligne réalisé pour l’association Face à l’inceste  [1]. Le rapport d’Ipsos estime que les chiffres de l’enquête auraient triplé depuis le dernier sondage de 2009, où le nombre de victimes d’inceste déclarées s’élevait à deux millions. Selon l’enquête, cette augmentation est en corrélation directe avec la libération de la parole des dernières années.

En l’absence de prise en charge thérapeutique, les conséquences individuelles sont terribles  : dépression, risques suicidaires, addictions, troubles alimentaires. Les amnésies traumatiques sont également fréquentes, empêchant parfois les personnes incestées de porter plainte avant la prescription.

Être victime d’inceste, c’est se retrouver déboussolé⋅e quand les réveils nocturnes confondent réalité et cauchemars. C’est se sentir tiraillé⋅e  : entre culpabilité d’avoir été violé·e et celle de devoir trahir un parent aimé. Les faits d’incestes sont souvent connus des familles, qui entretiennent le secret. Souvent ce ne sont pas les agressions qui font exploser les familles mais leur dénonciation et les familles qui se soudent autour des violeurs.

Le traitement social et judiciaire de ce crime est profondément lié au patriarcat. Les chiffres et les conséquences de l’inceste sont connus du grand public  : en 1986, Eva Thomas, victime de viol par son père à l’âge de quinze ans, témoignait à la télévision. Pourtant le sujet semble être une éternelle redécouverte.

La famille étant le pivot de l’ordre social, admettre qu’elle est un lieu de violence envers les enfants remet en cause cet ordre social. Être une femme victime d’inceste, c’est apprendre la soumission et le silence, c’est être écrasée, c’est se préparer à une vie de femme adulte en patriarcat. L’inceste concourt à la fabrication des dominants et des dominées.

Les dénonciations invisibles

La théorie de l’interdit de l’inceste comme base universelle des sociétés humaines, largement admise, entretient le silence. Les violences faites aux femmes sont un outil de coercition du patriarcat. La peur qui habite la plupart des femmes restreint leur déplacement, leur puissance, les pousse à l’encouplement pour être sous la protection (bien utopique) d’un seul homme. L’écrasement causé par l’inceste, qu’une femme en ait été victime ou témoin, prépare la peur et la soumission de l’adulte.

Malgré la difficulté à être entendues, les associations de lutte ont gagné des combats  : en 2016, le mot inceste fait son apparition dans le code pénal  ; en 2018, le délai de prescription (période pendant laquelle des poursuites peuvent être intentées) pour crime de viol sur mineur·e passe de 20 à 30 ans après la majorité de la victime, même si c’est l’imprescriptibilité qui était demandée par les associations.

Un combat reste à gagner  : que la loi instaure un âge du consentement aux relations sexuelles. Cette disposition fera qu’un⋅e enfant sera toujours considéré comme n’ayant pas consenti et n’aura donc pas à «  prouver  » le viol. Il n’y a pas qu’en matière d’inceste que ce seuil est nécessaire, mais pour tous les viols d’enfants où les tribunaux concluent au consentement s’il n’y a pas eu cris et violences.

Christine (UCL Sarthe)

[1Voir leur site internet : facealinceste.fr.

 
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